La JAXA, pilier de l’industrie spatiale japonaise

Préface :

Avant de débuter cet article, je tiens à remercier Monsieur Katsuya Sudo, directeur du bureau européen de la JAXA, qui a eu la gentillesse de me recevoir, de répondre à mes questions et dont l’aide m’a été inestimable dans la réalisation de cet article. 

 

Le programme spatial japonais et son programme lunaire sont des enjeux essentiels pour le Japon qui est rentré un peu plus tard que les autres États dans la course à l’espace. Néanmoins, l’industrie japonaise n’a cessé de croître et qui a redoublé d’efforts afin de rattraper les grandes puissances spatiales. Aujourd’hui, le Japon, représenté par son agence spatiale, la JAXA, est au centre de l’industrie spatiale mondiale. Son programme spatial partage les mêmes ambitions que ses alliés de l’Ouest, et, fort de ses prouesses techniques, se positionne comme un acteur majeur dans la mission de poser à nouveau le pied sur la Lune, aux côtés de ses homologues.

Il convient dans cet article d’étudier d’une part le programme spatial japonais et plus précisément son programme lunaire, et d’autre part ses ambitions en la matière. À cet effet, nous verrons en premier lieu l’histoire du programme spatial japonais (I) afin de retracer les étapes fondatrices de l’institution d’aujourd’hui (II). Enfin, nous analyserons les ambitions spatiales japonaises sur le long terme (III).

 

I) L’histoire du programme spatial japonais

A. Des débuts difficiles

Le programme spatial japonais débute en 1955, à l’aube de la course à l’espace entre les États-Unis et la Russie. Il est lancé à l’initiative du professeur Hideo Itokawa, considéré comme le pionnier du programme spatial japonais et reconnu comme le « père de la fuséologie japonaise ». Le projet fait ses premiers pas au sein de l’institut des sciences industrielles de l’Université de Tokyo.

Le Japon se heurte rapidement à sa première grande difficulté. Les termes de la capitulation de la seconde guerre mondiale interdisent le développement de fusées qui pourraient être réutilisées à des fins militaires. Le pays se trouve alors dans l’impossibilité de mettre au point des lanceurs. Cette interdiction n’a cependant pas empêché les ingénieurs japonais de mettre au point une nouvelle technologie de propulsion basée sur le propergol liquide.

L’engouement envers le programme spatial japonais est renforcé par La participation réussie du Japon à l’Année Géophysique Internationale de 1957 à 1958 avec sa « Pencil Rocket » (fusée crayon) [1]. La même année, les fusées-sondes KAPPA sont déployées et réussissent à transmettre leurs observations de l’atmosphère à plus de 50 kilomètres d’altitude. Cette première réussite suscite un grand intérêt chez la population japonaise et mène ultimement à la création en 1964 de l’Institut des sciences spatiales et aéronautiques (ISAS).

En 1965, l’autorisation donnée à l’ISAS par le Conseil national des activités spatiales de conduire un programme spatial scientifique, mène, en 1966, au début des tests des fusées-sondes Lambda pouvant théoriquement atteindre 3000 kilomètres. Cependant, ce n’est qu’en 1970, et après cinq échecs consécutifs accompagnés de lourdes critiques, que la fusée lambda parvient à atteindre son objectif et de placer en orbite le premier satellite d’observation japonais : OHSUMI.

Le succès d’OHSUMI marque un point majeur dans l’Histoire du programme spatial japonais. En premier lieu, l’une des majeures technologies embarquées à bord du satellite se nomme la « manœuvre de virage par gravité », qui permet d’utiliser la gravité de la Terre en lançant le satellite à l’horizontal et en ne contrôlant l’altitude que durant la dernière phase. Le lanceur Mu, lanceur phare du programme spatial japonais de 1966 à 2006 sera également porteur de cette technologie. De plus, nombre de technologies modernes des institutions spatiales japonaises tels le HAKUCHO (cygne) et le HAYABUSA (faucon pèlerin) bénéficient des apprentissages tirés des échecs successifs du lancement du satellite OHUSMI.

Durant cette période, deux institutions sont créées afin d’intensifier l’effort spatial japonais.

En 1968, est créé le Conseil de promotion des activités spatiales par les industriels japonais. Ces derniers visent la promotion des activités spatiales pour le développement des domaines telles les télécommunications.

En 1969, l’Agence Nationale de Développement Spatial du Japon (NASDA), est fondée par la loi sur l’agence nationale de développement spatial, afin de constituer le centre névralgique du développement du programme spatial japonais tout en faisant la promotion de l’utilisation pacifique de l’espace. En ce sens, la NASDA est cantonnée à la recherche scientifique.

 

B. La montée en puissance japonaise

A partir de 1971, ce sont les fusées Mu qui se retrouvent au centre du programme spatial japonais. Elles permettent durant les années 1970 de mettre en orbite de nombreux satellites dont le premier satellite scientifique japonais, le SHINSEI (nouvelle étoile). Plus d’une dizaine de satellites sont ainsi envoyés par le Japon durant cette décennie avec une fréquence d’environ un par année. Cette décennie est également marquée par la mise en orbite par la NASDA d’un satellite de « test d’ingénierie satellite » prénommé KIKU (chrysanthème).  En 1979, c’est le premier observatoire spatial à rayon X qui est déployé, le HAKUCHO.

En 1981, l’ISAS se détache de l’Université de Tokyo et se retrouve sous l’autorité directe du ministère de l’Éducation. Depuis 1985, il se consacre entièrement à la technologie satellite et à leurs lancements. Certains d’entre eux sont issus de coopérations internationales tel GEOTAIL avec les États-Unis en 1992.

Dans cette optique l’ISAS a réalisé le lanceur M-V qui pendant longtemps, a été le lanceur de prédilection du programme spatial japonais. Grâce à lui, l’ISAS envoie divers objets spatiaux tous destinés à une utilisation spécifique : on retrouve les sondes spatiales NOZOMI (espoir) qui a pour objectif d’étudier l’atmosphère de la planète Mars, et HAYABUSA qui elle vise à étudier un astéroïde en se posant sur eux et en récupérant des échantillons.

Le programme spatial japonais connaît un bouleversement institutionnel en 2003, lorsque l’ISAS, la NASDA et la NAL (Laboratoire national aérospatial japonais) fusionnent et donnent naissance à l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise, davantage connue sous son acronyme, la JAXA.

Chacune de ces institutions fusionnées faisaient l’objet d’une spécialisation : l’ISAS était principalement concentrée sur les satellites et sondes spatiales, tandis que la NASDA relevait davantage de l’application spatiale, des lanceurs lourds et de la formation des astronautes. Par cette fusion, la JAXA couvre l’intégralité des domaines de l’industrie spatiale japonaise. L’avènement de l’agence permet alors d’unifier l’effort spatial japonais et ainsi de permettre véritablement la consécration du pays comme acteur majeur du domaine spatial.

 

II) Le programme spatial japonais aujourd’hui (JAXA)

La JAXA représente le programme spatial japonais. Son fonctionnement est régi par des lois nationales japonaises d’une grande importance en matière spatiale et c’est pour ces raisons qu’il est essentiel de procéder à une étude de cet écosystème juridique (A). Nous pourrons par la suite effectuer un exposé des missions japonaises qui ont le plus définies la la montée en puissance de la JAXA (B). Il sera enfin nécessaire d’aborder le cœur actuel du programme spatial et lunaire japonais : la coopération internationale (C).

 

A) Le fonctionnement de l’agence spatiale japonaise

La fusion des institutions spatiales japonaise dans ce corps unique qu’est la JAXA a marqué un choc institutionnel et a été conséquent pour le secteur spatial japonais. Véritable étape dans la mise-en-avant du Japon sur la scène spatiale internationale, l’union de la NASDA, de l’ISAS et de la NAL permet un cheminement depuis la recherche à l’application pratique sous le contrôle de la même autorité.

 

1) L’organisation de la JAXA

Sur le plan organisationnel, la JAXA a la particularité d’être une institution administrative indépendante, ce qui lui confère, en vertu du droit japonais, une plus grande indépendance vis-à-vis de son ministère de tutelle. Ainsi, elle fonctionne selon des méthodes de gestion propres à des entreprises du secteur privé, et possède notamment une autonomie au regard de la gestion de son budget. Elle est toutefois rattachée au ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports et de la technologie (MEXT).

 

i) Le cadre législatif

Afin d’accompagner cet élan de l’industrie spatiale japonaise, les législateurs japonais ont adopté une loi qui sert de fondement aux activités spatiales japonaise, la « Basic Space Law » (宇宙基本法, Uchū Kihon Hou) [2]  en 2008. Ce texte est divisé en cinq chapitres :

  • Les dispositions générales (utilisation pacifique de l’espace, coopération internationale…),
  • Les mesures basiques (utilisation des satellites pour le bien de la population, la promotion de la coopération internationale…),
  • Le programme spatial de base (son établissement et son contenu),
  • L’établissement des Quartiers généraux stratégiques pour le développement spatial au sein de l’exécutif,
  • L’adoption de législations relatives aux activités spatiales.

Si la « Basic Space Law » a son importance au regard de l’usage de l’espace et du cadre dans lequel l’activité spatiale japonaise sera réalisée, son apport majeur est celui de l’organisation du cadre interne du programme spatial. Les chapitres trois et quatre sont les reflets de la mise-en-place de cette organisation. On trouve en effet au sein du chapitre quatre le placement de la JAXA (sous la tutelle du MEXT) sous les ordres d’un corps exécutif spécialisé en droit spatial, dont le président est le Premier Ministre Japonais (le chef du gouvernement).

Son troisième chapitre concerne l’aspect le plus fondamental de la politique spatiale japonaise, le programme spatial de base, ou selon une meilleure traduction en anglais, le « Basic Plan Space Policy». Ce plan détermine la politique spatiale japonaise et comprend dans ses dispositions la politique que suivra la JAXA au regard du développement et de l’usage de l’espace, les mesures que devront mettre en place le Gouvernement à ces effets, et toutes autres mesures qui se révèleront nécessaires dans le cadre de la promotion du développement et de l’usage de l’espace.

Ce plan est mis en œuvre par les Quartiers généraux stratégiques pour le développement spatial, et doit, comme indiqué dans son (3), présenter des projets concrets accompagné d’un délai pour y arriver. Véritable ligne directrice du programme spatial japonais, ce programme est accessible librement au public, fait l’objet de réévaluations si nécessaires et bénéficie de l’attribution d’un budget permettant sa réalisation.

            Le plan a été mis en place pour la première fois en 2009, et a été révisé à quatre reprises depuis : en 2013, 2015, 2020 et 2023. La plus récente modification a eu pour objet notamment de renforcer les rôles et fonctions de la JAXA.

 

ii) Les lignes directrices

A côté de ces encadrements législatifs, la politique de l’agence spatiale japonaise est aiguillée par des lignes directrices qui la guident dans l’implémentation des programmes spatiaux donnés par le Ministère. Il existe deux sources à ces lignes directrices. D’une part, elles sont énoncées par la JAXA dans son « Basic Plan on Space Policy ». Elle se donne ainsi quatre objectifs généraux à son activité. En premier lieu, la JAXA s’engage à œuvrer pour assurer une sécurité spatiale (1), puis elle souhaite renforcer la résilience nationale contre les risques et problématiques internationales, tout en réalisant de l’innovation (2). Elle cherche également à développer à la fois les connaissances en spatial (techniques nouvelles, découvertes…), ainsi que le commerce potentiel lié, par le biais de l’exploration et des sciences de l’espace (3). Enfin, la JAXA souhaite davantage renforcer ses fondations en matière de son activité spatiale (4).

Au-delà de ces objectifs définis par l’agence spatiale japonaise, on retrouve une autre source, cette-fois académique : l’éminent Matsui TAKAFUMI, professeur émérite à l’Université de Tokyo, également membre du comité ayant réalisé la politique spatiale japonaise. Le professeur Takafumi parle alors de trois piliers qui formeraient les trois lignes directrices du programme spatial japonais : la sécurité (nationale), l’utilisation de l’espace à des fins pratiques et la recherche scientifique. Ces trois lignes directrices restent aujourd’hui la pierre angulaire du programme spatial, comme l’atteste le directeur de l’agence européenne de la JAXA, Monsieur Katsuya SUDO.  Il ajoute de plus que « Nous (la JAXA) sommes la principale agence de mise-en-œuvre de la politique du gouvernement japonais ». La JAXA a donc le devoir et la responsabilité, en tant qu’institution administrative indépendante, de l’implantation effective du programme spatial. Ces lignes directrices permettent à l’agence de le faire dans les meilleures conditions.

Il reste ainsi un final pan à étudier quant au fonctionnement de la JAXA : l’aspect pratique.

 

2) L’implémentation du programme spatial par la JAXA

Les lois nationales japonaise présentent le cadre du programme spatial et donnent des objectifs à réaliser à la JAXA. Cette dernière présente des lignes directrices quant à son implantation.

L’implantation se fait ainsi par le biais de l’« Implementation Plan », révisé chaque année. Il a pour but, selon la JAXA d’« établir un plan d’investissement public concret et à long terme pour les 10 prochaines années, en se projetant 20 ans en avant dans l’avenir ». Si l’on se base sur la révision de 2023, on retrouve les quatre lignes directrices énoncées plus tôt, mais également les trois piliers de Monsieur Takafumi.

 

Le premier point de ce plan concerne la garantie de la sécurité spatiale.

Le plan décrit plus précisément que l’abondance de systèmes spatiaux a eu pour conséquence une augmentation des risques qui y sont liés. Il devient donc nécessaire de prévoir une protection depuis l’espace (afin de promouvoir l’utilisation de l’espace), mais également dans l’espace (afin d’être dans la capacité de répondre aux menaces pesant sur les systèmes spatiaux et sur leur utilisation paisible). A cet effet, la JAXA s’est vue fixer six objectifs :

  • Développer et améliorer son système satellitaire Quasi-Zenith (système de positionnement régional complémentaire au GPS) vers une constellation de sept satellites (trois aujourd’hui) ainsi que développer une seconde constellation de dix satellites.
  • Améliorer les capacités de détection des planeurs hypersoniques.
  • Le développement d’un système de « sensibilisation au domaine maritime » (Maritime Domain Awareness). [3]
  • La conduite de recherche au regard du Conseil public-privé sur le renforcement de la stabilité des systèmes spatiaux (permet le rassemblement d’informations sur les capacités des coopérations publiques/privées à répondre à des situations de crises dans l’espace).
  • La production d’un satellite consacré à la « sensibilisation au domaine spatial » (Space Domain Awareness) pour 2026. Le Japon a également rejoint le Combined Space Operations Initiative (Initiative combinée d’opérations spatiales) qui sert de cadre de discussion au regard de la sécurité spatiale.
  • La création d’un satellite pour la détection de cibles ainsi que leur suivi.

 

Le second point comprend trois buts : contribuer à la résilience nationale, la réponse aux problématiques globales ainsi que la réalisation d’innovations. La JAXA présente alors les trois points majeurs de ces objectifs :

  • La reconnaissance du potentiel de contribution des satellites dans les contextes d’urgence (prévention et lutte contre les catastrophes, et la résilience des territoires nationaux).
  • Leur potentiel d’utilisation afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050
  • La corrélation entre l’augmentation des solutions trouvées sur le marché de l’industrie spatiale et la réduction des coûts grâce à l’innovation.

Pour les atteindre, le Gouvernement japonais a donné quatre objectifs :

  • Accélérer l’usage des satellites de télédétection dans des domaines tels l’agriculture ou la pêche et étudier les usages potentiels des satellites dans la détection en amont des inondations.
  • Pour un début de mission en 2029, le développement d’améliorations pour le satellite météorologique HIMAWARI-10 (Tournesol) [4] pour lui permettre de détecter avec plus de précisions les précipitations et les typhons (préoccupation importante au Japon), mais également des changements de l’environnement spatial dus à l’activité solaire.
  • Le développement d’un prototype de satellite d’observation des gaz à effet de serre et du cycle de l’eau, GOSAT-GW [5], et la promotion des technologies en découlant aux nations asiatiques.
  • Le développement du projet de partenariat public-privé autour des technologies de récoltes d’informations tridimensionnelles.

 

Le troisième point concerne le développement des connaissances et des industries à travers l’exploration et la science spatiales. Pour cela, le Japon choisit l’angle du programme Artémis et souligne qu’en dépit de la coopération internationale, la Chine, l’Inde et d’autres puissances émergentes redoublent d’effort dans l’exploration de la Lune, et intensifient la compétition internationale.  On peut noter le développement de l’HTV-X1 [6] ainsi que de ses successeurs, un transport-cargo transportant des données scientifiques mais surtout, des provisions pour l’ISS (Station Spatiale Internationale).

Enfin l’ultime point est relatif au renforcement des infrastructures supportant les activités spatiales. Il vise plus précisément la coopération public-privé. L’entrée sur le marché des secteurs privés La JAXA souligne en effet la hausse de la compétition par l’entrée sur le marché des secteurs privés et dispose que si elle souhaite préserver son indépendance tout en restant dans la course, il est judicieux pour elle de faire recours à des partenariats privés. Cinq points sont développés :

  • Étudier les raisons de l’échec de son lanceur H3 en vue d’un prochain lancement (qui a abouti avec succès samedi 17 février 2024).
  • Remédier aux problématiques de pollution spatiale, d’une part en mettant en place les technologies de nettoyage, et d’autres part, en essayant de dégager des règles internationales de circulation dans l’espace.
  • Mettre en place une « Stratégie de la Technologie spatiale » et par là un fond spécial sur dix ans, le « Space Strategy Fund » permettant de financer les entreprises du secteur privé, les universités et autres organisations. Ce fond sera à la hauteur d’un trilliard de yens (environ 6,6 milliards de dollars) [7].
  • Effectuer une révision de son système de contrat avec les entreprises privées pour assurer leur croissance et faciliter la mise-en-œuvre de projets, notamment conjointement avec la JAXA.
  • Mettre en place l’implémentation sociale des technologies de pointes possédées par les start-ups privées.

Nous avons pu voir de quelles manières la JAXA exécute les missions qui lui sont confiées par le gouvernement japonais, il nous a manqué de les identifier.  Si nous avons pu évoquer certaines d’entre elles brièvement, que ce soit dans l’introduction historique ou par la suite, il nous reste à aborder les principales missions qui reflètent l’ambition japonaise.

 

B) Les missions japonaises

Depuis l’avènement de la JAXA, les missions spatiales japonaises sont nombreuses et dans de domaines variés. Si certaines sont plus dirigées vers l’exploration spatiale, bon nombre d’entre elles sont liées, même si à différents degrés, à l’exploration lunaire. Nous allons étudier dans cette partie une sélection de quatre missions à succès de la JAXA qui représentent le mieux l’ambition lunaire japonaise.

Elles représentent chacune un aspect différent des projets de la JAXA :

  • La technologie de retour d’échantillons par les missions Hayabusa,
  • L’exploration lunaire par la mission Kaguya,
  • La technologie du pinpoint landing par le module lunaire SLIM
  • L’indépendance à l’accès à l’espace par le lanceur H3.

 

1) Les missions Hayabusa et le retour d’échantillons

Les missions Hayabusa, dont la première fut lancée en 2003 désignent les missions ayant pour objet la récolte d’échantillons d’astéroïdes, en se posant sur eux, afin de les ramener sur Terre.  La démonstration de la technologie permettant cette opération, dite de « retour d’échantillons » constitue le centre de l’opération.

La sonde Hayabusa devait rejoindre l’astéroïde Itokawa et malgré de titanesques soucis techniques, la mission fut un succès. La réussite est symbolique : il s’agit de la première mission japonaise visant un astéroïde mais également la première fois que des échantillons d’un astéroïde sont ramenés sur Terre.

Ce succès a été réitéré par la mission Hayabusa2, qui lancée en 2014 a vu la sonde revenir sur Terre puis repartir pour une extension de mission. Cette fois-ci, la sonde est venue se poser sur l’astéroïde Ryugu, situé à plus de 440 millions de kilomètres de la Terre, et les quantités récupérées sont considérées comme ayant dépassé l’imagination des scientifiques [8].

Cette technologie de retour d’échantillons est une technologie extrêmement précieuse du fait de sa rareté, le seul autre État s’étant montré capable de reproduire cet exploit ont été les États-Unis [9]. Ce cercle très fermé permet au Japon de s’imposer dans le secteur de la recherche des astéroïdes et plus largement, de l’exploration spatiale. La JAXA, par son partage de ces données à ses homologues européens, notamment français, renforce son importance au regard de ces derniers.

Cette mission, à la genèse de la JAXA, est la preuve pour la scène internationale de la montée en puissance technologique du Japon, dotés d’instruments d’une grande précision. La JAXA a cependant en tête davantage que l’exploration spatiale, elle cherche effectivement à se positionner comme un acteur majeur dans l’exploration lunaire.

 

2) La mission Kaguya et l’exploration lunaire

La mission Kaguya, initialement appelée SELENE (SELenological and ENgineering Explorer), a été lancée en 2007. Elle a pour objectif la récolte de données sur l’origine et les évolutions de la Lune dans le but de préparer le matériel technologique nécessaire à son exploration.

L’origine du surnom de la mission étant particulièrement atypique, il semble difficile de ne pas l’évoquer. Il provient du conte folklorique japonais « Kaguya-Hime » (Princesse Kaguya), dans lequel une princesse venant de la Lune est découverte bébé par un vieux couple de coupeurs de bambous. Le conte se conclut avec le retour sur la Lune de la princesse. A cet effet, les deux satellites de la mission Kaguya se prénomment Okina (vieil homme) et Ouna (vieille femme) en référence à ses deux parents adoptifs [10].

La mission, qui aura duré deux ans a permis au Japon de se procurer d’impressionnantes photos de la surface lunaire ainsi que de la cartographier. La JAXA a surtout constaté que préalablement au lancement de la mission, l’engouement international envers KAGUYA était bas et que ce n’est qu’après le lancement des satellites et l’arrivée des premières photos que qu’il a réellement explosé.

Une leçon importante a alors pu être tirée par la JAXA : la Lune fascine l’audience internationale. Coïncidemment, un renouement des ambitions lunaires se manifeste par une activité en montée : la Chine lance son orbiteur la même année et l’Inde l’année suivante. La JAXA déclare même que le Japon repose sur le succès de la mission KAGUYA, et si elle voit l’intérêt pour son programme spatial de l’utilisation des données récoltées pour déterminer les meilleures zones d’alunissage, elle saisit également que dépend du succès de cette mission la place du Japon sur la scène internationale.

Le Japon a besoin de montrer aux autres États la technologie japonaise : « Pour gagner leur [les scientifiques et chercheurs à travers le monde] confiance, nous devons faire en sorte que la mission de KAGUYA soit couronnée de succès » dit Manabu Koto, professeur au sein de l’ISAS.

Comment allez plus loin et capitaliser sur les avancées de Kaguya ? Le professeur Koto répond qu’il faut que nous « développions une nouvelle technologie d’alunissage (lander) ».

 

3) Le module SLIM (pinpoint landing)

Le 19 janvier 2024, la JAXA est parvenue à faire atterrir son module SLIM sur la Lune. Le module SLIM, dont l’acronyme signifie « Smart Lander for Investigation Moon », ou en français « Atterrisseur intelligent pour enquêter sur la Lune » est une sonde spatiale lunaire doté d’une technologie très particulière : l’atterrissage précis (pinpoint landing). En effet, tandis que les alunissages sont généralement considérés comme réussis lorsque le module atterrit dans un rayon de plusieurs kilomètres de l’objectif visé, le module SLIM est arrivé à moins de cent mètres de sa cible.

Le module SLIM n’a pas pour seul but de faire état de l’avancée technologique de l’industrie japonaise, il avait ainsi un second objectif : l’accélération de l’étude de la Lune et des autres systèmes par le biais d’un module plus léger. Le petit module est à cet effet équipé d’une sonde sphérique lui permettant d’analyser des roches provenant supposément du manteau lunaire.

Cette réussite colossale a permis au programme spatial japonais d’avancer sur deux points : en premier lieu, l’alunissage du SLIM a rendu le Japon le cinquième pays à poser un engin sur la surface lunaire après les Etats-Unis, l’URSS, la Chine et l’Inde, mettant en évidence la prise d’importance du Japon dans l’exploration lunaire. En second lieu, la technologie phare du SLIM, son alunissage précis, constitue une innovation inestimable, notamment dans le cadre du programme Artémis. Plus largement, cette technologie permet à la JAXA d’obtenir avec précision des données scientifiques d’emplacements spécifiques sur la Lune. Cela a pour conséquence de faire d’elle une actrice indispensable à la réussite de projets lunaires nécessitant un grand degré de précision. L’apport du module est crucial, car certaines zones de la surface lunaire bien que difficilement accessibles présentent des données importantes dont la collecte serait impossible par un module présentant un rayon d’alunissage de plusieurs kilomètres.

Il est important de souligner cependant que le module SLIM n’a pas été à l’abris de toutes épines, ce qui rend son succès d’autant plus impressionnant. Monsieur Sudo a indiqué que l’engin principal du module avait subi une défaillance qui l’a diverti de son objectif principal, et que sans celle-ci, SLIM aurait pu atterrir à seulement quelques mètres de son objectif. Ainsi, à la question sur la nature des prochaines étapes suivant ce succès, Monsieur Sudo répond qu’une « une étude détaillée doit être menée sur la panne du moteur principal afin de déterminer sa cause première pour ainsi identifier les contre-mesures pour la prochaine mission, et de transmettre une technologie fonctionnelle avec les contre-mesures pour la panne du moteur principal ».

Ce succès massif pour l’agence spatiale japonaise n’est cependant pas la seule dans ce début d’année. En effet, une seconde réussite majeure a eu lieu le samedi 17 février 2024 : le décollage du lanceur lourd H3.

 

4) Le lanceur H3

Le lanceur H3 constitue le successeur des fusées H-IIA et ainsi le principal lanceur lourd japonais. La mise-au-point de ce lanceur a été réalisée en se concentrant sur la facilité d’utilisation, la réduction massive des coûts de production et la volonté d’ancrer l’indépendance japonaise à la mise-en-orbite de ses satellites. Il est capable de transporter jusqu’à six tonnes de charge et peut être utilisé à des fins variées telles la mise en orbite de satellites, l’étude de la météorologie ou encore la poursuite d’études scientifiques. Son utilisation est également au service des missions de coopérations internationales, car il devrait être utilisé pour permettre le ravitaillement à l’ISS à travers le HTV-X.

Bien qu’achevé plus tôt, ce n’est qu’en 2023 que les essais du lanceur H3 commencent. Le 17 février 2023, le premier essai est annulé et est repoussé au 7 mars. À cette date, le décollage réussi, mais à la seconde étape du vol, les moteurs du second étage font défaillance et forcent l’agence spatiale à détruire manuellement l’engin. Les conséquences sont jugées compromettantes pour l’avancée du programme spatial japonais, d’autant plus que lors de l’implosion de l’appareil, se trouvait à bord le satellite japonais Daichi-3.
Moins d’un an plus tard, la JAXA annonce une nouvelle tentative prévue pour le 15 février puis décalée au 17 pour des raisons météorologiques. Le lanceur réussit de nouveau son décollage avant de réussir la seconde étape le déploiement du satellite CE-SAT-IE.

Ce succès est essentiel pour le programme spatial japonais car il représente pour le Japon son indépendance dans l’accès à l’espace. Il représente également sa remise dans la course sur le marché des lanceurs pour concurrencer les européens (Arianne 6) et les Américains (Falcon 9). Il met en avant l’amélioration de la technologie japonaise d’une part par la réduction conséquente des coûts par rapport à son prédécesseur (il est question d’une division par deux) et d’autre part, par sa rapide succession au succès du module SLIM.

Selon Monsieur Sudo, la JAXA possède ainsi de nombreuses forces technologiques. Parmi elles, nous trouvons évidement la technologie Rovers dont le développement est essentiel pour le Japon dans le cadre de ses coopérations internationales. On trouve également la technologie dite de « technologie de retour d’échantillons » (sample return technology) des sondes spatiales Hayabusa, la technologie relative au transport spatial autonome, l’ensemble des technologies satellite, et depuis février dernier, l’avancée de la technologie lanceur. Cependant Monsieur Sudo affirme qu’en terme d’exploration spatiale, les principaux atouts de la JAXA sont le retour d’échantillon et désormais le « pinpoint landing » démontré par le module SLIM et qu’ils sont probablement « nos meilleures technologies à utiliser dans le cadre de futures collaborations internationales ».

 

C) La coopération internationale, cœur du programme spatial japonais

Malgré ses nombreux projets nationaux, le Japon et par conséquent la JAXA, ont une forte ambition spatiale qui doit nécessairement passer à travers une coopération internationale. Cela prouve d’autant plus vrai au regard des ambitions lunaires.

 

1) La station spatiale internationale

La station spatiale internationale, plus communément appelée l’ISS, est le fruit de la collaboration entre la NASA et de nombreux agences spatiales nationales. Le Japon est sur le projet dès ses débuts, aux côtés des agences canadiennes et européennes.

Aujourd’hui, l’ISS regroupe quinze États participants, parmi lesquels le Japon est l’unique pays asiatique.

Le Japon, tout comme État participant a apporté à l’ISS ses propres modules afin d’y conduire ses expérimentations. Le module japonais « Kibo » (espoir), est le plus large des modules d’expérimentations. Il est composé de cinq sous-éléments : un module pressurisé, un module logistique pressurisé, une palette extérieure, un module logistique extérieur et un bras télécommandé. L’assemblement de ce module a été finalisé en 2009. Kibo a pour fonction de permettre la réalisation d’expérimentations dans un environnement spatial pour la JAXA, mais pas uniquement. Les universités et entreprises japonaise sont encouragées à proposer des expérimentations à réaliser à son bord.

Au-delà de l’apport matériel à l’ISS, le Japon a également participé à travers ses astronautes. Trois ont d’abord aidé à l’assemblement du module japonais : Doi Takao, Hoshide Akihiko, and Wakata Koichi, chacun sur une partie différente successivement en 2007, 2008 et 2009. Ces deux derniers ont également été commandants de l’ISS respectivement en 2021 et 2014.

En novembre 2O22, les États-Unis et le Japon ont renoué la collaboration autour de l’ISS jusqu’en 2030, faisant du Japon le premier État à signer la poursuite de la collaboration.

Le Japon est ainsi en coopération avec de nombreux pays et agence spatiales, mais sa plus grande participation actuelle est sans aucun doute celle au programme Artémis, le programme international de la NASA ayant pour but de rétablir une présence humaine sur la Lune.

Le Japon a ainsi signé les Accords Artémis (le cadre juridique du programme) le 13 octobre 2020 aux côtés de sept autres pays : l’Australie, le Canada, l’Italie, le Luxembourg, les Émirats Arabes Unis, le Royaume-Uni et les États-Unis [11].

Le Ministre du MEXT (le ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la science et de la technologie dont dépend la JAXA), Hagiuda Koichi, a alors déclaré que « les Accords Artémis constituent un engagement vital pour la mise en œuvre d’une exploration spatiale sûre et durable à travers la collaboration avec des sociétés commerciales ».

 

2) La participation au programme Artémis

Depuis cette date, de nombreux autres États dotés de puissantes agences spatiales ont rejoint l’accord, notamment la France. On peut alors se demander quelle est concrètement la participation de la JAXA à ce projet ? Il existe trois principales réponses qui sont données à travers l’allocation du budget aux projets à dimension internationale. Ces trois projets sont : la station spatiale Gateway, le transport HTV-X et le Rover pressurisé.

 

i) La station spatiale Gateway

Le Gateway est une station spatiale en orbite autour de la Lune servant de base de relai pour les voyages spatiaux réalisés en direction de la Lune ou de Mars où les équipages peuvent y séjourner pour une trentaine de jours. Il s’agit d’un projet de coopération internationale auquel le Japon, mais également le Canada et l’Union européennes font parties [12].

Au sein du projet, le Japon travaille principalement sur l’International Habitation Module, plus communément appelé I-HAB, qui constitue le module dans lequel les équipages vivront. L’aménagement de ce module est réalisé en coopération avec les États-Unis et l’ESA (l’Agence spatiale européenne). Plus précisément, la JAXA aidera en apportant les technologies qu’elle aura acquise à travers ses missions de ravitaillement par le Kounotori (cigogne orientale) Cargo Transport (nommé également HTV) à l’ISS (le système de cargo ayant remplacé la navette spatiale américaine). La JAXA se concentra sur les systèmes de contrôle de l’environnement et de survie (ensemble du matériel nécessaire dans les situations d’urgence afin de maintenir en vie un patient), ainsi que les « batteries, contrôle thermique et composants d’imagerie ». Il sera également question de ramener nourritures, vêtements, ou tout autres matériels utiles autant pour la vie des équipages que pour les missions et expéditions à réaliser par ceux-ci.

De plus, le Japon sera également chargé de procurer les batteries pour le second module d’habitation, le Habitation and Logistics Outpost, appelé HALO, qui permettront d’apporter de l’électricité au module dans l’attente du déploiement du Power and Propulsion Element (PEE) qui constitue la future source d’électricité de la station. En effet, le Japon possède une forte technologie en matière de batteries lithium-ion, qu’elle a déjà pu mettre en œuvre notamment sur l’ISS.

Cette participation est essentielle pour le Japon qui va lui permettre de travailler sur un pan majeur du programme Artémis en coopération avec l’agence européenne notamment. Sa participation active à ces projets majeurs met en avant sa volonté de s’appliquer le plus possible à l’exploration lunaire (et martienne).

 

ii) Le HTV-X

Le second projet majeur de la JAXA constitue le HTV-X. Il s’agit du successeur du cargo de transport sans équipage HTV (ou H-II) destinés aux missions de ravitaillement de l’ISS. Il a été conçu avec un objectif d’« utilité et bonne opérabilité », et a permis une réduction massive des coûts par rapport à son prédécesseur. Plus que cela, il présente de nombreuses améliorations, tel une plus grande charge maximale à son bord, une capacité à transporter des objets demandant une alimentation électrique permanente et un temps de chargement divisé par trois offrant plus de flexibilité.

La famille des HTV était déjà essentielle à la coopération internationale par son ravitaillement de l’ISS, et cette tendance pourrait continuer. En effet, dans le cadre du programme Artémis, la JAXA souhaite mettre au point une variation du HTV-X, le HTV-GX qui aurait pour bu d’effectuer le ravitaillement de la station Gateway.

Pour le Japon, ce cargo, et sa version améliorée adaptée à la station Gateway est une opportunité de rester un acteur essentiel sur ces projets. Une opportunité, comme cela a été le cas pour l’ISS, d’être indispensable non pas seulement sur la mise-en-place du projet mais également sur son fonctionnement sur le long terme. Enfin, cela peut être à la fois l’occasion de refaire état auprès de la scène internationale de la polyvalence de l’industrie spatiale japonaise tout en développant cette technologie pour son propre usage, si la JAXA viendrait à effectuer des missions indépendantes.

Il est désormais temps de nous concentrer sur le principal apport de la JAXA au programme Artémis : le Rover pressurisé.

 

iii) Le Lunar Cruiser, le Rover pressurisé

Le terme Lunar Cruiser désigne le véhicule pressurisé permettant à l’équipage qui le pilote de se déplacer et d’explorer la surface lunaire. Il s’agit d’une collaboration nationale mélangeant secteurs publics et privés entre la JAXA, Toyota et Mitsubishi Heavy Industries [13].

Ce projet constitue d’une première part une autre preuve de la coopération avec une entreprise du secteur privé autre que Mitsubishi Heavy Industries, et d’autre part une autre expression de la coopération internationale du Japon. En effet, si l’on parle ici de la technologie Rovers dans le cadre du programme Artémis, on trouve cette technologie également au sein du projet LUPEX entre l’ISRO (l’agence spatiale indienne) et la JAXA. Cette technologie constitue pour Monsieur Sudo l’une des « technologies clés » de l’arsenal de l’agence spatiale japonaise, au même niveau que le pinpoin landing du SLIM.

De plus, cette technologie est une nouvelle preuve des compétences technologiques japonaises. Si des Rovers sont en cours de développement et de discussions entre les principaux acteurs de l’industrie spatiale, ils ne sont soit pas destinés à être pressurisés, ce qui constitue une différence majeure car la pressurisation du véhicule permet à l’équipage d’être dispensé de porter des combinaisons spéciales.

Enfin, une dernière question se pose à cet égard : le croiseur lunaire pouvant transporter jusqu’à quatre personnes selon les plans, qui seront les astronautes qui auront l’opportunité de monter à bord et plus précisément de quelle nationalité seront-ils ?

Le 28 février 2023, le Japon avait déjà sélectionné ses deux nouveaux astronautes en vue d’une participation au programme Artémis [14]. De plus, lorsque le Japon avait signé un accord en 2022 pour participer au projet Gateway, l’accord comprenait l’arrivée d’un astronaute japonais à bord de cette station spatiale. Mais qu’en est-il d’un astronaute japonais sur la Lune ? Pour l’instant nous ne possédons aucune information officielle, seule des rumeurs sur la volonté des États-Unis de « récompenser » l’effort japonais au service du Programme Artémis circulent [15]. Il est en tout cas évident que la JAXA a rejoint le Programme Artémis avec l’idée de pour poser un Japonais sur la Lune d’ici 2030, et que sa position proche des États-Unis ainsi que sa montée en puissance technologique seront des facteurs non négligeables à l’accomplissement de cet objectif.

 

3) Les partenaires de la JAXA

i) Le secteur public

La JAXA collabore conjointement avec des agences spatiales nationales dans le monde entier, mais deux collaborations nécessitent davantage d’attention.

L’ISRO, (l’agence spatiale indienne) d’abord en raison du programme LUPEX (Lunar Polar Exploration), entre les deux États. Il s’agit d’une mission dont le but est d’explorer les régions polaires de la Lune afin de déterminer si des sources d’eau suffisantes susceptibles d’être utilisées existent. Cette coopération a été également, comme énoncé précédemment, l’occasion pour la JAXA de développer sa technologie ROVERS.

La seconde coopération notable, et sans aucun doute la plus importante, est évidement celle avec les États-Unis. La coopération est ancienne et a permis au Japon de nombreuses opportunités comme l’entrée dans le programme de la Station Spatiale Internationale. Aujourd’hui, cette coopération est d’autant plus fortement renouvelée en raison du programme Artémis.

Sur la relation de la JAXA avec la NASA, Monsieur Sudo dispose que la NASA « est sans aucun doute un partenaire important de la JAXA » mais surtout, que le programme Artémis, implémenté principalement par la NASA la rend au centre du programme et constitue « l’un des plus importants programmes » pour le JAXA. Cette coopération permet, en plus de l’accès à de meilleures opportunités, la mise en contact de la JAXA avec des agences spatiales de régions différentes telles l’ESA ou encore l’agence spatiale canadienne.

Cependant, cette coopération n’est pas toujours parfaite. Elle se heurte inévitablement à des difficultés de négociation en raison des capacités technologiques colossales de la NASA, comme le souligne Katsuya Sudo : « il existe des différences entre les deux agences spatiales qui ne peuvent être comblées, comme la technologie des vols spatiaux habités, etc. » Malgré cela, M. Sudo considère que le Japon a pour objectif de rattraper les prouesses technologiques américaines et conclut en déclarant : « Bien sûr, la NASA est un excellent partenaire pour nous ».

 

ii) Le secteur privé

La JAXA s’est également portée de plus en plus vers la coopération avec le secteur privé. Si elle travaillait déjà avec des entreprises conséquentes telles Mitsubishi (Heavy Industries) et Toyota, l’agence spatiale japonaise a démarré sa collaboration avec des start-up japonaises telles Astroscale mais surtout ispace. La première propose un service d’enlèvement de débris spatiaux et a récemment collaboré avec la JAXA pour son satellite ADRAS-J. Ce projet est également innovant en ce que la JAXA n’a pas acheté le satellite, mais seulement le service de celui-ci.

Ispace de son côté est une entreprise privée en totale relation contractuelle avec l’agence spatiale et figure même aux rangs des entrepreneurs internationaux du programme Artémis. Cette entreprise a pour projet d’établir le village lunaire aux côtés de la JAXA.

Mais pourquoi cette coopération avec ces nouvelles entreprises du secteur privé ? En effet, le programme Artémis, et plus particulièrement les Accords sont réalisés au niveau des agences et de ce fait ne nécessitent pas l’intervention du secteur privé. Cependant, il est commun pour les autres agences de leur demander main forte (la NASA avec SpaceX), et de ce fait, le Japon cherche également à se renforcer à l’aide de ses entreprises nationales. A cet effet, Monsieur Sudo affirme qu’« à ce jour, nous planifions les prochaines étapes de la collaboration avec les secteurs privés », ce qui laisse penser à une plus grande collaboration avec les entreprises privées dans le futur.

 

III) Les perspectives d’avenir

Si pour l’instant le programme Artémis constitue le centre du programme spatial japonais, quelles sont les ambitions japonaises postérieurement à ce programme ?

Il convient de prendre en compte plusieurs angles. Le premier serait celui qui est pris à partir du « Scénario d’exploration spatiale internationale de la JAXA ». Visible ci-dessous, il s’agit d’un schéma, prenant en compte trois terrains : la Terre et son orbite, la Lune et la planète Mars, qui présente les objectifs respectifs que la JAXA souhaite atteindre.

On voit ainsi sur le schéma que de nombreuses composantes du programme Artémis tels que le projet Gateway ou l’alunissage sont mentionnés aussi bien dans la partie Terre que dans la partie Lune. Le scénario présente également des objectifs datés pour les projets les plus proches tandis que pour certains scénarios plus difficilement atteignables, telle l’exploration martienne, des dates ne sont pas encore précisées.

On peut également relever quelques informations intéressantes sur ce schéma : en premier lieu, certains objectifs de politique spatiale sont indiqués, comme dans la partie inférieure du schéma, l’intention de promouvoir l’association publique/privée. On trouve également un peu plus haut la « concentration sur les activités sur la surface de la Lune » et encore plus haut, l’indication de l’extension de la présence humaine dans l’espace.  Une autre information intéressante à relever serait la constatation de la transversalité des avancées technologiques et de chacune des étapes atteintes par la JAXA. Ainsi, on remarque que les projets ne sont pas isolés selon leur délimitation planétaire, mais que chaque invention ou étape sur le schéma permet d’avancer sur un projet différent. On peut par exemple voir que la réussite du module SLIM permettra à la JAXA de faciliter son exploration de la lune martienne.

 

JAXA Overview, International space exploration roadmap envisioned by JAXA (as of February 9, 2024) © ️JAXA

 

Il semble au premier abord que la grande partie des projets mis en évidence ci-dessus sont des projets issus des coopérations internationales. Quid des projets indépendants de la JAXA concernant l’exploration spatiale et lunaire ? Pour l’instant, selon Monsieur Sudo le programme Artémis est prévu de se conclure au cours des années 2030, ce qui constitue encore une longue activité qui pourrait éventuellement se prolonger. La JAXA est, nous le répète Monsieur Sudo, une agence complémentaire dont le rôle est l’implantation de la politique spatiale décidée par le gouvernement japonais, et que pour le moment, des projets d’exploration lunaires indépendant avec à son bord des astronautes ne font pas partie des plans gouvernementaux.

Cependant, en interne, les ambitions sont grandes. La JAXA réalise de nombreuses recherches ayant pour objectif d’un jour porter un projet au gouvernement ou de complémenter ses plans. Ces recherches touchent notamment aux technologies d’exploration spatiale humaine, telles la transportation et l’habitation sur la Lune. De plus avec les récents succès du SLIM et du lanceur H3, et de la réalisation du croiseur lunaire dans le cadre du programme Artémis, le Japon possède la technologie nécessaire à la réalisation de missions lunaires si le gouvernement japonais s’y décide. « Nous avons les compétences et les capacités » nous affirme Monsieur Sudo, en rajoutant que si, dans le futur, ces capacités demeurent et évoluent avec les technicités nécessaires pour entreprendre de telles missions indépendantes, la JAXA demandera au Gouvernement de consulter ces projets et que si ce dernier les valide, alors « nous y procéderons ».

 

Ken SERAIN-YAMASAKI

Annotations : 

[1] JAXA, Pencil Rocket Story,

https://global.jaxa.jp/article/interview/sp1/index_e.html

[2] Basic Space Law, 2008, Translation :

https://stage.tksc.jaxa.jp/spacelaw/country/japan/27A-1.E.pdf

[3] Earth-graphy, Maritime Domain Awareness (MDA)

https://earth.jaxa.jp/en/application/mda/index.html

[4] OSCAR (Observing Systems Capability Analysis and Review tool), Satellite: HIMAWARI-10

https://space.oscar.wmo.int/satellites/view/himawari_10

[5] GOSAT-GW

https://gosat-gw.nies.go.jp/en/

[6] JAXA, HTV-X

https://humans-in-space.jaxa.jp/en/htv-x/

https://humans-in-space.jaxa.jp/en/htv-x/mission/

[7] The EurAsian Times, Japan Sets 1 Trillion Funds To Develop Its Space Industry As It Competes With India, Russia, China

https://www.eurasiantimes.com/to-develop-its-space-industry-as-it-competes-with-india/

[8] Radiofrance, Sonde Hayabusa 2 : les scientifiques japonais « sans voix » devant les échantillons d’astéroïde

https://www.radiofrance.fr/franceinter/sonde-hayabusa-2-les-scientifiques-japonais-sans-voix-devant-les-echantillons-d-asteroide-1863753

[9] Spectrum News, NY1, NASA’s first asteroid samples land on Earth after release from spacecraft

https://ny1.com/nyc/all-boroughs/space/2023/09/24/nasa-s-first-asteroid-samples-land-on-earth-after-release-from-spacecraft#:~:text=Japan%2C%20the%20only%20other%20country,haul%20from%20beyond%20the%20moon.

[10] Nippon.com, Kaguya-hime, la princesse-lumière

https://www.nippon.com/fr/japan-topics/b09202/

[11] MEXT, Eight nations sign Artemis Accords on Space Exploration

https://www.mext.go.jp/en/news/topics/detail/mext_00032.html

[12] Lunar and Planetary Institute, NASA AND THE GOVERNMENT OF JAPAN FORMALIZE GATEWAY PARTNERSHIP FOR ARTEMIS PROGRAM

https://www.lpi.usra.edu/publications/newsletters/lpib/new/nasa-and-the-government-of-japan-formalize-gateway-partnership-for-artemis-program/

[13] Toyota Times, Team Japan Sets Sights on Space! Update on LUNAR CRUISER Development

https://toyotatimes.jp/en/toyota_news/1039.html

[14] PLATO-AI, Japan selects first new astronauts in 14 years to support Artemis program

https://zephyrnet.com/fr/japan-selects-first-new-astronauts-in-14-years-to-support-artemis-program/

[15] NIKKEI ASIA, Japan near deal for first astronaut on moon under U.S.-led Artemis project

https://asia.nikkei.com/Business/Science/Japan-near-deal-for-first-astronaut-on-moon-under-U.S.-led-Artemis-project

 

Sources :

JAXA, The Beginning of Japan’s Space Exploration : 50 Years since OHSUMI, the First Satellite Orbited by Japan,

https://global.jaxa.jp/activity/pr/jaxas/no082/02.html

[1] JAXA, Pencil Rocket Story,

https://global.jaxa.jp/article/interview/sp1/index_e.html

ISAS, Brief History of Japanese Space research,

https://www.isas.jaxa.jp/e/japan_s_history/brief.shtml

JAXA, NASDA History,

https://global.jaxa.jp/about/history/nasda/index_e.html

ISAS, SHINSEI

https://www.isas.jaxa.jp/en/missions/spacecraft/past/shinsei.html

ISAS, HAKUCHO,

https://www.isas.jaxa.jp/en/missions/spacecraft/past/hakucho.html

GUNTER’S SPACE PAGE, ETS 1 (KIKU 1),

https://space.skyrocket.de/doc_sdat/ets-1.htm

DAVID DARLING, Japanese satellite names,

https://www.daviddarling.info/encyclopedia/J/Japanese_satellite_names.html

Frequently Asked Questions about JAXA,

https://global.jaxa.jp/activity/pr/inquiries/jaxaq.html#:~:text=On%20October%201%2C%202003%2C%20an,H%2DIIA%2C%20satellites%20and%20the

[2] Basic Space Law, 2008, Translation :

https://stage.tksc.jaxa.jp/spacelaw/country/japan/27A-1.E.pdf

Cabinet Office – Space Policy

https://www8.cao.go.jp/space/english/index-e.html#:~:text=%22The%20Basic%20Plan%20on%20Space,fundamental%20plan%20of%20space%20exploitation.

The Japan News, Government revises Basic Plan on Space Policy,

https://japannews.yomiuri.co.jp/politics/politics-government/20230613-115957/

Nippon.com, Japan’s Space Policy

https://www.nippon.com/en/in-depth/d00680/

[3] Earth-graphy, Maritime Domain Awareness (MDA)

https://earth.jaxa.jp/en/application/mda/index.html

[4] OSCAR (Observing Systems Capability Analysis and Review tool), Satellite: HIMAWARI-10

https://space.oscar.wmo.int/satellites/view/himawari_10

JAXA HIMAWARI MONITOR

https://www.eorc.jaxa.jp/ptree/index.html

[5] GOSAT-GW

https://gosat-gw.nies.go.jp/en/

eoPortal, GOSAT-GW (Global Observing SATellite for Greenhouse gases and Water cycle)

https://www.eoportal.org/satellite-missions/gosat-gw

[6] JAXA, HTV-X

https://humans-in-space.jaxa.jp/en/htv-x/

https://humans-in-space.jaxa.jp/en/htv-x/mission/

[7] The EurAsian Times, Japan Sets 1 Trillion Funds To Develop Its Space Industry As It Competes With India, Russia, China

https://www.eurasiantimes.com/to-develop-its-space-industry-as-it-competes-with-india/

SPACE NEWS, Hayabusa: Mission Accomplished

https://spacenews.com/hayabusa-mission-accomplished/

ISAS, Hayabusa

https://www.isas.jaxa.jp/en/missions/spacecraft/past/hayabusa.html

NASA, Hayabusa2

https://science.nasa.gov/mission/hayabusa-2/

[8] Radiofrance, Sonde Hayabusa 2 : les scientifiques japonais « sans voix » devant les échantillons d’astéroïde

https://www.radiofrance.fr/franceinter/sonde-hayabusa-2-les-scientifiques-japonais-sans-voix-devant-les-echantillons-d-asteroide-1863753

[9] Spectrum News, NY1, NASA’s first asteroid samples land on Earth after release from spacecraft

https://ny1.com/nyc/all-boroughs/space/2023/09/24/nasa-s-first-asteroid-samples-land-on-earth-after-release-from-spacecraft#:~:text=Japan%2C%20the%20only%20other%20country,haul%20from%20beyond%20the%20moon.

NASA, Kaguya

https://science.nasa.gov/mission/kaguya/

JAXA, Kaguya (SELENE)

https://www.kaguya.jaxa.jp/index_e.htm

[10] Nippon.com, Kaguya-hime, la princesse-lumière

https://www.nippon.com/fr/japan-topics/b09202/

JAXA, KAGUYA: Probing Lunar Science

https://global.jaxa.jp/article/special/kaguya/kato02_e.html

JAXA, Smart Lander for Investigating Moon (SLIM)

https://global.jaxa.jp/projects/sas/slim/

JAXA, About H3 Launch Vehicle

https://global.jaxa.jp/projects/rockets/h3/

Blog M1 MASTER 1 IP/IT AND SPACE ACTIVITIES, Lancement réussi pour la JAXA et sa fusée H3, Ken SERAIN-YAMASAKI

http://master-ip-it-leblog.fr/breves-du-18-au-25-fevrier-2024/

Rêves d’Espace, H3, le nouveau lanceur japonais entre en service

https://reves-d-espace.com/h3-le-nouveau-lanceur-japonais-entre-en-service/

JAXA, Analysis of the world’s first asteroid gas sample that was returned by the Hayabusa2 mission has been published in “Science Advances”.

https://global.jaxa.jp/press/2022/10/20221021-2_e.html

JAXA, About Asteroid Explorer « Hayabusa2 »

https://global.jaxa.jp/projects/sas/hayabusa2/

[11] MEXT, Eight nations sign Artemis Accords on Space Exploration

https://www.mext.go.jp/en/news/topics/detail/mext_00032.html

JAXA, About the ISS

https://iss.jaxa.jp/en/iss/

NASA, International Space Station

https://www.nasa.gov/reference/international-space-station/#hds-sidebar-nav-5

MEXT, ‘Japanese Style’ Contribution on the International Space Station

https://www.unoosa.org/pdf/pres/copuos2014/tech-23.pdf

JAXA, Japanese Experiment Module “Kibo”

https://humans-in-space.jaxa.jp/en/kibo/

SPACE POLICY ONLINE, JAPAN AGREES TO EXTENDING ISS TO 2030, REAFFIRMS ARTEMIS CONTRIBUTIONS

https://spacepolicyonline.com/news/japan-agrees-to-extending-iss-to-2030-reaffirms-artemis-contributions/

JAXA, About International Space Station (ISS) and Japanese Experiment Module « Kibo »

https://global.jaxa.jp/projects/iss_human/kibo/#:~:text=Japan%20contributes%20to%20this%20international,transfer%20vehicle%20to%20the%20ISS.)

NASA, NASA, Japan Announce Gateway Contributions, Space Station Extension

https://www.nasa.gov/news-release/nasa-japan-announce-gateway-contributions-space-station-extension/

JAXASDGs, Gateway (Lunar-orbiting space station)

https://sdgs.jaxa.jp/en/article/detail/12.html

[12] Lunar and Planetary Institute, NASA AND THE GOVERNMENT OF JAPAN FORMALIZE GATEWAY PARTNERSHIP FOR ARTEMIS PROGRAM

https://www.lpi.usra.edu/publications/newsletters/lpib/new/nasa-and-the-government-of-japan-formalize-gateway-partnership-for-artemis-program/

Kyodo News, Japan launches Kounotori cargo transporter on final mission to ISS

https://english.kyodonews.net/news/2020/05/35565deb275d-japan-launches-kounotori-cargo-transporter-on-final-mission-to-iss.html

JAXA, Evolution from the H-II Transfer Vehicle (HTV) « KOUNOTORI »

https://humans-in-space.jaxa.jp/en/htv-x/specifications/

JAXA, NASA and Japanese Government sign the Gateway Implementing Arrangement, Japan extends ISS Participation to 2030

https://humans-in-space.jaxa.jp/en/news/detail/002655.html

SPACENEWS, Japan agrees to space station extension and Gateway contributions

https://spacenews.com/japan-agrees-to-space-station-extension-and-gateway-contributions/

[13] Toyota Times, Team Japan Sets Sights on Space! Update on LUNAR CRUISER Development

https://toyotatimes.jp/en/toyota_news/1039.html

NASA, NASA Pursues Lunar Terrain Vehicle Services for Artemis Missions

https://www.nasa.gov/news-release/nasa-pursues-lunar-terrain-vehicle-services-for-artemis-missions/

[14] PLATO-AI, Japan selects first new astronauts in 14 years to support Artemis program

https://zephyrnet.com/fr/japan-selects-first-new-astronauts-in-14-years-to-support-artemis-program/

SPACENEWS, United States and Japan sign space cooperation framework agreement

https://spacenews.com/united-states-and-japan-sign-space-cooperation-framework-agreement/

[15] NIKKEI ASIA, Japan near deal for first astronaut on moon under U.S.-led Artemis project

https://asia.nikkei.com/Business/Science/Japan-near-deal-for-first-astronaut-on-moon-under-U.S.-led-Artemis-project

JAXASDGs, Lunar Polar Exploration Mission (LUPEX)

https://sdgs.jaxa.jp/en/article/detail/13.html

Traités et principes des Nations Unies relatifs à l’espace extraatmosphérique

https://www.unoosa.org/pdf/publications/STSPACE11F.pdf

SpaceLaw, Accords Artemis : les enjeux juridiques d’un accord historique

https://www.spacelaw.fr/accords-artemis-des-enjeux-juridiques-importants

https://astroscale.com/missions/adras-j/

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