Qui sont les chatons ?

Le Felis silvestris catus (ou chat domestique) est « la sous-espèce issue de la domestication du chat sauvage, mammifère carnivore de la famille des félidés » (1). Si leur présence sur Internet à travers des vidéos ou des gifs est à la fois incontestable et inexpliquée (2), une nouvelle espèce a vu le jour en octobre 2016 : les CHATONS.

Logo du collectif Chatons

A différencier des jeunes chats, les CHATONS sont en réalité un collectif initié par l’association Framasoft suite à sa campagne « Dégooglisons Internet » (3). Ainsi, CHATONS s’entend comme : Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Avant de définir clairement ces CHATONS, il est essentiel de revenir sur l’activité de Framasoft.

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L’association Framasoft est une association 1901 à but non lucratif et d’intérêt général. Originairement lancé en 2001 comme annuaire dédié aux logiciels gratuits pour l’enseignement, Framasoft s’est constitué en association en 2004 et a consacré son annuaire uniquement aux logiciels libres pour tous systèmes d’exploitation. Financés par les dons, les travaux des contributeurs occasionnels, des permanents et des membres de l’association ont permis de développer un réseau de plusieurs projets libres comportant 3 volets principaux : les logiciels libres, la culture libre et les services libres en ligne.

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Le premier volet s’organise autour de la promotion, la diffusion et le développement de logiciels libres, ces derniers offrant et garantissant les quatre libertés suivantes : utilisation, étude, modification et duplication en vue de la diffusion (gratuite ou pas) du logiciel. Ainsi, l’accès à son code source (son cœur) est permis à travers une licence spéciale qui l’accompagne ce qui favorise la transparence, la confiance, l’échange, le partage et la collaboration. Un logiciel libre s’oppose donc à un logiciel propriétaire protégé par le droit d’auteur et par une licence de logiciel (que nous concluons tous lorsque nous achetons un logiciel).

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Le deuxième volet de l’association se concentre sur l’enrichissement de la culture libre. « Facilitée par Internet et la numérisation, la « culture libre » est une culture en mouvement qui s’inspire directement du logiciel libre dans sa philosophie et ses licences pour promouvoir et diffuser des œuvres de l’esprit » (4). L’exemple le plus emblématique connu de tous : l’encyclopédie libre Wikipédia.

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Mais c’est le troisième volet qui nécessite une étude particulière dans le cadre de cet article : l’offre de services libres en ligne. Depuis 2011, Framasoft propose un ensemble de services en ligne « libres et respectueux des données personnelles ». Il faut simplement entendre par cela que Framasoft s’engage à ce qu’aucune exploitation des données personnelles ne soit accomplie (aucune vente) et que le suivi des actions des utilisateurs ne pourra se faire qu’à des fins uniquement statistiques et légales (fins administratives ou techniques, ou sur décision d’un juge après que la personne concernée soit directement informée). Framasoft s’oppose donc aux stratégies en matière de centralisation (beaucoup de services fournis par peu d’acteurs) et de vie privée (exploitation des données) adoptées par les GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft… (5).

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Dans la logique de ce troisième volet, Framasoft s’est engagée dans un projet à long terme en proposant des alternatives aux services proposés par les GAFAM. « Il ne s’agit pas tant de chercher à remplacer des monopoles, mais démontrer l’existence des alternatives libres ainsi que leur fiabilité pour le grand public, tout en promouvant leur essaimage en partageant les connaissances pour un public plus averti » (6).

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Mais revenons à nos CHATONS. C’est dans le cadre du troisième volet que l’initiative CHATONS a vu le jour, c’est-à-dire de constituer un collectif regroupant des petites structures proposant des services en ligne (mail, hébergement de sites web, outils collaboratifs, des outils de communication…). L’objectif : proposer aux bénéficiaires une offre de services libres respectueux de leurs vies privées et professionnelles, de donner une visibilité aux hébergeurs partageant des valeurs communes et de partager de l’information entre membres.

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L’ensemble des membres du collectif s’engagent alors :

  • À n’utiliser que des logiciels libres ;
  • À ne pas exploiter les données des bénéficiaires de leurs services (ne pas transmettre ou exploiter les données personnelles) ;
  • À ne pas utiliser de régies publicitaires (ou autres services de pistage) ;
  • À proposer régulièrement des rencontres « physiques » avec leur bénéficiaire, afin d’échanger des connaissances en matière de numérique

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Les bénéficiaires peuvent alors non seulement utiliser ces services en ligne mais aussi s’associer pour créer leurs propres réseaux en rejoignant les CHATONS. A ce sujet, Pierre-Yves Gosset, président de Framasoft, utilise une comparaison pour illustrer l’initiative des CHATONS « Bien sûr, vous pourriez vous contenter d’acheter vos légumes en grande surface. Mais l’avantage que vous trouverez à être inscrit à une AMAP (7), c’est la confiance que vous pourrez mettre en l’agriculteur : vous pourrez le rencontrer, lui demander de vous faire visiter son exploitation, discuter avec lui, et surtout, vous saurez exactement comment sont cultivés vos légumes… Ce qui n’est pas le cas des légumes de supermarché » (8).

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Les CHATONS sont donc bien plus qu’un collectif. Ils illustrent la volonté de certains internautes de reprendre contrôle de leurs données et de se détourner des GAFAM et des géants de la télécommunication. Bien sûr, cette logique nécessite de ne plus rester simple utilisateur des services mais de s’investir davantage, ou du moins simplement de prendre connaissance et d’échanger sur les services que nous utilisons chaque jour. S’intéresser au fonctionnement des services sur internet et au modèle économique de l’exploitation de la donnée prônée par les GAFAM permet d’initier une réelle prise de conscience : la situation monopolistique mise en place sur internet, la centralisation et la dépendance des citoyens vis-à-vis de quelques acteurs… Ces enjeux soulèvent des problématiques en matière d’innovation mais aussi de vie privée (9). Bref, le travail de sensibilisation des CHATONS et de Framasoft demande du temps pour porter ses fruits. Mais il faut rester optimiste.

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La route est longue mais la voie est libre. (10)

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Benjamin BARATTA

1ère année Master IP/IT


Liens utiles :

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Sources :

(1) – merci à https://fr.wikipedia.org/wiki/Chat

(2) – pour une théorie passionnante à ce sujet : https://www.youtube.com/watch?v=yqE6xH901ow

(3) – https://degooglisons-internet.org

(4) – https://wiki.framasoft.org/presentation

(5) – https://degooglisons-internet.org

(6) – https://wiki.framasoft.org/presentation

(7) – « Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne », voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Association_pour_le_maintien_d’une_agriculture_paysanne

(8) – http://mashable.france24.com/tech-business/20170204-chatons-collectif-hebergeurs-framasoft?ref=tw_i

(9) – Selon le sondage demandé par la Commission Européenne en 2016, plus de 9 répondants sur 10 disent qu’il est important que leurs informations personnelles (comme les photos, leurs listes de contacts etc.) sur leurs ordinateurs, leurs smartphones ou leurs tablettes, soient seulement accessibles avec leur permission et qu’il est important que la confidentialité de leurs emails et de leurs messageries instantanées en ligne soit garantie (92% pour les deux). En réalité, plus de 7 personnes sur 10 pensent que ces aspects sont très importants. Plus de 8 sur 10 (82%) disent également qu’il est important que les outils de surveillance de leurs activités en ligne (comme les cookies) ne puissent être utilisés qu’avec leur permission (82%), et pour 56% cela est très important. Voir les résultats complets de l’Eurobaromètre : https://www.laquadrature.net/files/eurobarometer-privacy-2016-EN.pdf

(10) – Pour reprendre la citation bien connue de Framasoft

 

MasterIPIT

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