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🗞️ Cette semaine :
💄 « Parfums contrefaits : une usine clandestine géante démantelée entre la France et l’Espagne »
Réseaux transfrontaliers, atteinte aux marques et criminalité organisée : une opération d’ampleur révèle les coulisses industrielles de la contrefaçon dans le secteur du luxe et ses enjeux économiques.
📹 « L’autorisation expérimentale de la surveillance algorithmique dans les magasins, une “dérive préoccupante” »
Reconnaissance comportementale, données personnelles et libertés publiques : l’usage d’algorithmes dans les commerces ravive les débats sur la proportionnalité et le cadre posé par la Commission nationale de l’informatique et des libertés.
🎸 « Smells Like Money Spirit : guitare légendaire, enchères et rock and roll »
Patrimoine musical et spéculation : la mythique guitare de Kurt Cobain, leader de Nirvana, continue d’affoler les maisons de ventes, entre valeur sentimentale et capitalisation financière.
🏓 « Vestes Marty Supreme : tension entre stratégie de pénurie et parasitisme sur les marchés secondaires »
Drop limité, revente spéculative et concurrence déloyale : la rareté organisée par Supreme alimente un marché parallèle où se croisent marketing, droit des marques et parasitisme économique.
🤖 « Maintenir en vie le compte d’une personne décédée par l’IA ? »
Identité numérique, mémoire et consentement post-mortem : quand l’intelligence artificielle prolonge la présence en ligne d’un défunt, les frontières entre hommage, exploitation et protection des données deviennent incertaines.
📖 Bonne lecture,
✊ Le Collectif !
Parfums contrefaits : une usine clandestine géante démantelée entre la France et l’Espagne

En octobre 2025, à Montpellier dans l’Hérault, le contrôle d’un camion révèle 3000 flacons de parfums clandestins dans des cartons étiquetés comme « très fragiles ». Une enquête est ouverte et mène jusqu’à un point de chargement à Gérone en Espagne. La douane française alerte alors les autorités espagnoles grâce à son réseau.
Va s’en suivre une opération conjointe entre la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED) et le service de surveillance douanière de l’AEAT de Catalogne. Cette collaboration va permettre de dévoiler l’existence d’une importante organisation criminelle, spécialisée dans la fabrication et l’exportation de fragrances contrefaites dans plusieurs pays européens. Les autorités sont alors parvenues à démanteler, le mardi 17 février 2026, une industrie « d’une ampleur exceptionnelle en Europe » comme l’a mentionné la ministre de l’Action et des Comptes publics, Amélie de Montchalin.
L’usine était organisée en « sept lignes de production d’une capacité potentielle estimée à quatre millions de flacons par an » et contenait « des matières premières pour la fabrication de 150 000 litres des différentes fragrances » selon le rapport espagnol. L’usine ne permettait pas seulement la fabrication, elle était en mesure de produire, stocker, étiqueter et conditionner. Au total, près de 1.2 millions de parfums ont été saisis.
Sur le plan humain, sept personnes ont été arrêtées pour appartenance à une organisation criminelle, contrebande et atteinte aux droits de propriété intellectuelle des titulaires des droits incorporels. Onze autres font l’objet de poursuites.
Les douanes rappellent que ces produits présentent trois dangers déterminants :
- Tout d’abord, ces entrepôts n’étaient pas des « petits ateliers artisanaux », ces fabriques produisaient à l’échelle industrielle, et produisaient des parfums pouvant comporter des dangers pour la santé.
- Ces produits alimentaient des circuits criminels et présentaient un danger fiscal, échappant aux radars des finances publiques.
- Et enfin, pour les titulaires de marques, les conséquences de telles productions vont bien au-delà de la perte de chiffre d’affaires. La confiance des consommateurs pourrait s’affaiblir, l’intégrité des marques pourrait être touchée.
La douane française rappelle que la lutte contre la contrefaçon de parfums constitue une de ses activités essentielles, en effet, en novembre 2025, elle a opéré l’opération nationale « FRAGRANCE », mobilisant plus de 1 500 agents sur l’ensemble du territoire, saisissant plus de 82 000 parfums contrefaits.
Finalement, cette opération a également mis en lumière les étroites collaborations des services de douanes européens, comme l’a souligné Madame la Ministre Amélie de Montchalin : « Cette opération illustre également toute la force de notre réseau douanier international qui a assuré une coordination étroite et efficace entre les services douaniers français et espagnols, permettant le succès de cette action conjointe. ».
Sources :
- https://www.franceinfo.fr/economie/fraude/fraude-94-millions-d-euros-de-parfums-de-contrefacon-saisis-en-espagne_7816430.html
- https://www.reuters.com/world/spain-backed-by-france-dismantles-crime-gang-big-fake-perfume-factory-2026-02-17/
- https://www.douane.gouv.fr/actualites/demantelement-de-la-plus-grande-usine-europeenne-de-parfums-contrefaits-en-catalogne
Romain TRINQUIER
L’autorisation expérimentale de la surveillance algorithmique dans les magasins, une « dérive préoccupante »

Plusieurs commerces en France ont déjà recours à des logiciels capables de signaler automatiquement des comportements jugés suspects au gérant ou au service de sécurité. Selon le député Paul Midy, cette technologie, pourtant non autorisée à ce jour, serait déjà utilisée par « 2 000 à 3 000 commerces ».
Le lundi 16 février 2026, l’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi portée par le groupe Renaissance visant à autoriser, à titre expérimental jusqu’à fin 2027, la surveillance algorithmique dans les supermarchés et commerces de détail. Le texte a été approuvé par 60 voix contre 13. L’objectif affiché est de permettre l’analyse automatisée des images de vidéosurveillance afin de prévenir les vols. Concrètement, le système serait programmé pour repérer certains gestes considérés comme suspects, par exemple un produit glissé dans un sac, et déclencher une alerte en temps réel. Le commerçant pourrait alors intervenir immédiatement. Contrairement aux précédentes expérimentations françaises en matière de vidéosurveillance intelligente, centrées sur la prévention des atteintes aux personnes, le dispositif se concentre cette fois-ci sur la lutte contre le vol à l’étalage, qualifié par le député de « véritable fléau économique ».
La proposition de loi inclut plusieurs limitations destinées à encadrer l’usage de ces technologies, notamment l’interdiction du recours à la reconnaissance faciale, l’obligation d’informer le public lorsqu’un commerce utilise ce dispositif, et l’impossibilité pour les seuls résultats algorithmiques de fonder une poursuite judiciaire. De plus, chaque déploiement devra faire l’objet d’une autorisation préfectorale et d’une analyse d’impact sur la protection des données personnelles.
Le texte s’accompagne toutefois de son lot de critiques au sujet des libertés publiques. À gauche, plusieurs élus dénoncent une « dérive extrêmement préoccupante », estimant que l’expérimentation pourrait ouvrir la voie à une surveillance généralisée dans les espaces commerciaux. Certains juristes soulèvent aussi des interrogations quant à la constitutionnalité du dispositif. La conformité au droit européen est également en débat. En 2024, la CNIL avait adressé un courrier à la société Veesion, qui commercialise un système de vidéosurveillance algorithmique déployé dans plus de 25 pays, pour l’informer que sa solution n’était pas conforme au RGPD. Selon les informations disponibles, l’entreprise n’aurait pas donné suite à cet avertissement.
L’expérimentation prévue jusqu’à fin 2027 doit permettre d’évaluer l’efficacité réelle de ces outils dans la prévention des vols, mais aussi leurs impacts sur les libertés individuelles. Ses résultats pourraient déterminer si la France choisit, ou non, d’inscrire durablement la vidéosurveillance algorithmique dans son arsenal de sécurité commerciale.
Sources:
- https://www.lagazettefrance.fr/article/l-assemblee-approuve-les-cameras-algorithmiques-dans-les-commerces-contre-le-vol#:~:text=16%20février%202026-,L’intelligence%20artificielle%20dans%20les%20supermarchés%3A%20l’Assemblée%20nationale,afin%20de%20prévenir%20les%20vols.
- https://www.lemonde.fr/pixels/article/2026/02/17/videosurveillance-les-deputes-autorisent-l-usage-d-algorithmes-pour-detecter-le-vol-dans-les-commerces_6667058_4408996.html
SARA CHARLANNES
Maintenir en vie le compte d’une personne décédée par l’IA ?

Aux États-Unis, Meta vient d’obtenir un brevet décrivant une intelligence artificielle capable de continuer à faire vivre le compte Facebook ou Instagram d’un utilisateur, même après sa mort ! L’algorithme serait ainsi capable d’imiter le comportement habituel du défunt, en collectant les données relatives à sa vie sur les réseaux sociaux. De nos likes à nos messages privés, l’IA sait déjà tout de nous. Jusqu’où la technologie peut-elle s’inviter dans nos vies… et dans notre mémoire ?
Le brevet, déposé en 2023 et accordé en décembre 2025, décrit l’usage d’un modèle de langage capable de simuler l’activité d’un utilisateur « absent » de la plateforme, qu’il soit en pause numérique ou décédé. L’un des co-inventeurs listés est Andrew Bosworth. Ce dernier est directeur technique de Meta : le projet a donc été pensé jusqu’aux plus haut niveaux de l’entreprise.
Mais alors, comment fonctionne cette IA post-mortem ? Cette dernière s’appuierait sur un vaste historique de données propres à chaque compte. Par exemple, elle pourra récolter les publications, commentaires, likes, messages privés, messages vocaux, tchats et interactions diverses, pour s’entraîner. Le modèle est censé reproduire le style d’écriture, le ton et les habitudes relationnelles de l’utilisateur.
Ce « double numérique » pourrait ainsi continuer à aimer des posts, répondre à des commentaires, envoyer ou répondre à des messages et, potentiellement, simuler des appels audio ou vidéo via synthèse vocale et avatars.
Selon Meta, l’absence d’un utilisateur crée un vide dans l’expérience des autres. La disparition temporaire ou définitive d’un internaute rompt brutalement le flux habituel d’interactions. Par conséquent, maintenir un compte actif permettrait de soutenir l’engagement sur la plateforme tout en alimentant en permanence les technologies LLM en données comportementales.
Si cette technologie vient d’être brevetée, Meta montre patte blanche : un brevet ne préjugent pas d’un lancement de produit. En d’autres termes, le groupe n’aurait pas l’intention de donner suite à ce projet pour l’instant. L’entreprise rappelle également que de nombreuses idées sont brevetées à titre défensif sans jamais être intégrées à ses services. Elle sous-entend néanmoins que la technologie décrite est réalisable.
Cette prise de distance intervient alors même que Meta travaille depuis des années sur la question de l’héritage numérique. Dès 2015, Facebook a introduit le « contact légataire », permettant à un proche désigné de gérer certains aspects d’un compte après un décès. En 2023, Mark Zuckerberg évoquait déjà la possibilité d’utiliser des avatars pour interagir avec les souvenirs de personnes disparues, laissant entrevoir des usages plus immersifs qu’une présence virtuelle.
En outre, ce brevet s’inscrit dans le secteur émergent de la « grief tech ». Ces technologies promettent d’adoucir la perte d’un proche en offrant sa version virtuelle . En 2012, Microsoft a déposé un brevet pour un chatbot capable d’imiter une personne réelle ou fictive à partir de ses données numériques. Des applications comme Replika, née en 2017, illustrent cette tendance à transformer nos traces numériques en interlocuteurs permanents. C’est précisément ce potentiel d’ immortalité de données qui inquiète une partie des chercheurs en éthique du numérique.
La première zone grise concerne le consentement. Qui doit décider le maintien d’un compte après la mort de son titulaire ? Pour l’heure, le brevet ne tranche pas clairement entre le consentement anticipé de l’utilisateur, la décision des héritiers ou l’initiative unilatérale de la plateforme.
Sur le plan légal, la situation varie fortement selon les pays. Alors que certains reconnaissent des droits numériques post‑mortem transmis aux héritiers, il n’existe aucun cadre harmonisé à l’échelle internationale. De surcroît, les questions de droit à l’image, de respect de la vie privée et d’utilisation commerciale de la personnalité d’un défunt restent largement ouvertes. Quid de la possibilité pour une IA de générer de nouveaux contenus au nom d’un mort ?
Les psychologues et spécialistes du deuil sont eux aussi divisés. Certains estiment que ces outils peuvent aider à traverser les premières phases d’une perte grâce à un lien mémoriel interactif. D’autres soulignent que le processus de deuil suppose l’acceptation de l’absence. En d’autres termes, une présence artificielle qui continue de répondre aux vivants risque de brouiller la frontière entre le souvenir et la simulation (voire de prolonger la souffrance).
Sources :
“Continuer à publier après sa mort : Meta brevète une IA pour nos comptes” – Article de Epoch Times du 18 février 2026
LANA PHUONG
Smells Like Money Spirit: guitare légendaire, enchères et rock and roll

“Je vous remercie tous, depuis le gouffre brûlant de mon estomac nauséeux, pour vos lettres et l’intérêt que vous m’avez accordé ces dernières années. Je suis un gosse, trop erratique et trop instable ! Je n’ai plus de passion, alors rappelez-vous: il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu.” Ces mots aussi tendres, écorchés que bouleversants sont les derniers d’une légende du rock. Ils sont écrits à la main le 5 avril 1994 et trois jours plus tard, le monde du grunge perdait son dieu, son créateur, l’un de ses plus fidèles amants est retrouvé mort dans sa maison de Seattle d’une balle de revolver. À l’autre bout du pistolet, une main a appuyé sur la détente, cette main, c’est celle d’une comète nommée Kurt Cobain.
Icône de la génération X, chanteur et guitariste du célèbre groupe Nirvana et éminent membre du club des 27, Kurt Cobain est un mythe à lui tout seul. Blond et séduisant, rebelle et enflammé, il est classé par le Rolling Stone Magazine comme le 12e meilleur guitariste de tous les temps. Si pour certains son nom est un peu désuet, d’autres, en revanche, ne jure que par lui, son histoire tragiquement rock and roll, sa musique effrontée, et bien sûr, l’indispensable, sa guitare.
Plusieurs de ses iconiques guitares ont déjà été mises en vente ces dernières années. En mars prochain à New York, se tiendra une vente aux enchères exceptionnelle, le manuscrit de Hey Jude des Beatles, un piano de Ringo Starr, et centre de cette vente, une collection de guitares, dont celle de Kurt Cobain. Loin d’être un simple instrument d’un homme célèbre, c’est la guitare qui a joué Smells Like Teen Spirit. Amélia Walker responsable des ventes chez Christie’s et spécialiste du département Collections privées et iconiques, estime cette “guitare talisman” de l’ère du grunge à plus de 5 millions de dollars.
La vente aux enchères est une opération juridiquement encadrée par la loi afin d’assurer la transparence et la sécurité des transactions. Elle est organisée par un opérateur agréé tel que Christie’s et conduite par un commissaire-priseur, dont le rôle est de garantir la régularité de la procédure, de décrire le bien, d’en vérifier la provenance et l’authenticité. L’adjudication emporte transfert de propriété du bien matériel au profit de l’acheteur et donne lieu au versement du prix au vendeur du bien, qui n’est pas nécessairement la famille de l’artiste, sauf si celle-ci est elle-même propriétaire de l’objet.
Toutefois, la vente aux enchères ne porte que sur le support matériel et ne saurait entraîner la cession des droits de propriété intellectuelle attachés à l’œuvre de l’esprit. Conformément aux principes du droit d’auteur, la propriété du support est distincte de la propriété incorporelle de l’œuvre : l’acheteur acquiert la guitare ayant appartenu à Kurt Cobain, mais n’obtient aucun droit d’exploitation sur les œuvres musicales du groupe Nirvana, notamment Smells Like Teen Spirit. Les ayants droit ne perçoivent une part du prix que s’ils sont vendeurs ou le cas échéant, par l’effet du droit de suite, mécanisme strictement encadré par la loi.
Les ventes aux enchères sont des mécanismes économiques et sociétaux curieux, elles sont à la fois un mécanisme économique, un rituel social et un espace de mise en valeur du patrimoine culturel. Elles permettent la circulation des biens rares ou symboliques en leur conférant une valeur publique et collective par le jeu de la concurrence. Le prix n’est plus seulement une donnée marchande, il devient une forme de reconnaissance sociale : l’objet adjugé acquiert un statut presque sacralisé, validé par le regard du marché.
La vente aux enchères devient alors un lieu où se rencontrent le droit, l’économie et l’imaginaire collectif. L’objet devient alors une valeur inestimable, comme si celui-ci portait en lui la trace du talent, la trace historique du mythe, l’odeur du scandale rock and roll des années 90. Un objet peut être vendu à des prix vertigineux, la rareté devient richesse, et une légende devient marchande. Qu’aurait dit le chanteur de Nirvana face à la vente cruellement bien rangée de sa guitare, objet de ses envolées de révolté ? En aurait-il été flatté ou écoeuré ? Sa guitare aurait-elle été vendue si chère si son maître ne s’était pas tué d’une balle de revolver ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Ce que nous savons en revanche, ce sont ces derniers mots “Paix, amour, compassion, Kurt Cobain. Je vous aime, Je vous aime.”
Sources:
- https://www.franceinfo.fr/culture/musique/rock/une-guitare-culte-de-kurt-cobain-et-d-autres-instruments-de-legende-aux-encheres-en-mars-a-new-york_7788332.html
- https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-instant-poesie/la-lettre-d-adieu-de-kurt-cobain-de-solitude-et-de-lucidite-4712167
- https://www.20minutes.fr/arts-stars/culture/4200140-20260206-encheres-guitare-mythique-kurt-cobain-vendue-chez-christie-pourrait-atteindre-5-millions-dollars#:~:text=5%20millions%20de%20dollars%2C%20selon%20les%20experts&text=D%C3%A9c%C3%A9d%C3%A9%20en%20mai%202025%2C%20ce,d’une%20vente%20Julien’s%20Auctions.
- https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/musique/elle-pourrait-atteindre-les-5-millions-de-dollars-une-guitare-mythique-de-kurt-cobain-aux-encheres-en-mars-a-new-york-06-02-2026-I3HUEZO5SFANVHTK463RJGY6CU.php
Clémence ROUSTIT
Vestes Marty Supreme : tension entre stratégie de pénurie et parasitisme sur les marchés secondaires

La veste Marty Supreme montre comment la rareté, la contrefaçon et la hype transforment un simple vêtement en actif stratégique de propriété industrielle. Pensée comme merch limité autour d’un film et portée par des célébrités, elle voit sa valeur exploser sur le marché secondaire, ce qui renforce la nécessité de protéger le signe et le design par le droit des marques et, le cas échéant, par les dessins et modèles.
La rareté est ici construite relève des quantités limitées, storytelling autour du film, visibilité massive. Cette pénurie organisée fabrique le désir et alimente la revente à prix multipliés, mais elle crée aussi un terrain idéal pour les « superfakes », ces copies de bonne qualité qui reprennent les signes distinctifs sans autorisation (nom, logo, codes visuels). Du point de vue de la propriété industrielle, ces superfakes relèvent de la contrefaçon de marque lorsque le signe est protégé, voire de la concurrence déloyale et du parasitisme en l’absence d’enregistrement, car ils brouillent l’origine des produits et sapent la fonction d’investissement de la marque.
On retrouve une tension comparable sur le marché de la seconde main de luxe. Des maisons comme Chanel ou Hermès ont longtemps vu d’un mauvais œil les plateformes de revente, qu’elles accusent d’exploiter leurs signes sans contrôle, ce qui a donné lieu à des contentieux contre des sites spécialisés dans le vintage. Pourtant, dans les systèmes de common law, la first sale doctrine (équivalent, en substance, de l’épuisement des droits) permet la revente d’un produit authentique, licitement acheté, sans autorisation de la marque, tant que l’article n’a pas été altéré et que la revente ne crée pas de confusion sur un partenariat officiel. La frontière juridique se situe donc entre, d’un côté, la circulation licite de pièces authentiques et, de l’autre, la mise sur le marché de contrefaçons ou de produits matériellement modifiés qui sortent du champ de cette protection.
Les plateformes de revente occupent dès lors une position ambivalente. Elles sont le lieu de la spéculation sur la rareté, mais aussi un vecteur majeur de diffusion de contrefaçons, ce qui interroge leur responsabilité lorsqu’elles laissent circuler des vestes Marty Supreme manifestement non officielles. Procédures de notice and takedown, contrôles d’authenticité, filtrage de certains signes deviennent des outils par lesquels le droit des marques et la lutte contre la contrefaçon structurent la gouvernance de ces marchés de seconde main.
Au final, la Marty Supreme illustre une tension centrale de l’économie de la hype : la même stratégie de rareté qui crée le prestige alimente la contrefaçon. La propriété industrielle n’intervient plus seulement après coup pour sanctionner des copies, elle devient un instrument de contrôle de la rareté elle‑même, au croisement du design, de la marque, du merchandising et des pratiques des plateformes.
Sources:
- https://fashionlawjournal.com/second-hand-luxury-markets/
- https://stockx.com/fr-fr/nahmias-x-marty-supreme-a24-classic-warm-up-jacket-navy
- https://www.gqmagazine.fr/article/veste-marty-supreme-timothee-chalamet-qui-a-cree-la-folie-a-new-york-est-la-piece-de-mode-2025