🌙 Bonjour à toutes et à tous !
📚 Les brèves de la semaine sont disponibles.
🗞️ Cette semaine :
🎤 « Confessions vs. The Life of a Showgirl : Taylor Swift on the defensive »
Entre image publique et stratégie artistique, une icône de la pop comme Taylor Swift fait face aux tensions entre narration personnelle et attentes du public.
💎 « Luxe et illusion : la justice européenne s’attaque aux faux héritages »
Quand le prestige rencontre le droit, les institutions européennes renforcent leur lutte contre les récits trompeurs et les patrimoines fictifs.
🖌️ « Le journal de Spirou présente Prismes, sa première BD 100% IA… et 100% maquereau »
Avec Le journal de Spirou, l’expérimentation artistique par l’IA interroge les limites de la création… et provoque le débat.
🤖 « L’œuvre sans auteur ou l’auteur sans œuvre : le fruit d’un algorithme peut-il être création ? »
Une réflexion profonde sur la place de l’humain face à l’intelligence artificielle et sur la définition même d’une œuvre.
⚽ « Messi, Ronaldo, Mbappé : vendus sans jouer, présents sans être là »
À l’ère du numérique, des stars comme Lionel Messi, Cristiano Ronaldo et Kylian Mbappé deviennent des produits exploitables, même en leur absence.
📖 Bonne lecture,
✊ Le Collectif !
Confessions vs. The Life of a Showgirl : Taylor Swift on the defensive

On March 30, 2026, Maren Flagg, who performs under the stage name Maren Wade, filed a lawsuit in a California federal court, in the US. The action targets different entities including Taylor Swift, Universal Music Group, and Bravado International Group Merchandising Services. The main issue is the title of Swift’s twelfth studio album, The Life of a Showgirl, which Wade claims infringes upon her long-established intellectual property.
While Wade does not possess the global recognition of a pop icon, trademark law is designed to protect the rights of the original filer, whatever their level of fame is. Wade’s professional journey with this “branding” began in 2014 when she launched a column in Las Vegas Weekly. In one decade, she has successfully transformed that column into a multimedia brand, by including a podcast and a live cabaret show. Crucially, her trademark for « Confessions of a Showgirl » was secured in 2015 and has since reached « incontestable » status. It means that the mark’s validity is harder to challenge, granting the owner, Wade, a strong shield against competitors.
An interesting element of this case involves the timeline of the United States Patent and Trademark Office (USPTO) filings. Records show that Swift’s representatives sought to trademark « The Life of a Showgirl » in August 2025. However, by November, the USPTO issued a partial refusal and cited a possible confusion with an existing mark. Although the office did not name the specific conflict at that moment, the refusal served as a warning. Despite this, the album’s rollout continued, supported by a massive commercial infrastructure that brought the title to millions of fans worldwide.
The legal complaint includes charges of trademark infringement, false designation, and unfair competition. Wade is seeking both monetary damages and a court-ordered injunction to prevent Swift from further using the album title.
For Swift, the path forward involves either a quiet settlement or a high-profile court battle. While Wade may face various challenges in proving the exact scale of her financial damages given her smaller public profile, the USPTO’s prior refusal provides her with a solid leverage.
Finally, this case serves as a vital reminder that in the world of intellectual property, early registration creates a legal shield that even worldwide known stars cannot easily bypass. It reinforces the idea that the law protects the integrity of a brand, whether it belongs to a local performer or a global phenomenon.
Sources :
- https://www.reuters.com/legal/litigation/taylor-swift-sued-trademark-infringement-over-life-showgirl-2026-03-30/
- https://www.latimes.com/entertainment-arts/story/2026-04-01/taylor-swift-drops-elizabeth-taylor-video-is-hit-with-showgirl-lawsuit
- https://www.nbcnews.com/pop-culture/pop-culture-news/taylor-swift-sued-las-vegas-showgirl-trademark-infringement-rcna265902
Romain TRINQUIER
Luxe et illusion : la justice européenne s’attaque aux faux héritages

Par un arrêt remarqué du 26 mars 2026, la Cour de justice de l’Union européenne apporte un éclairage décisif sur la validité des marques revendiquant un héritage historique, dans le cadre du litige opposant Fauré Le Page à Goyard. L’affaire s’inscrit dans un contentieux de longue durée, engagé depuis plus de quatorze ans et déjà marqué par plusieurs décisions judiciaires. Elle porte sur l’utilisation, par la société Fauré Le Page, de marques semi-figuratives intégrant la mention « Paris 1717 ».
Historiquement, la maison Fauré Le Page trouve son origine dans une armurerie royale fondée au XVIIIᵉ siècle, dont l’activité a cessé en 1992. La marque est ensuite reprise en 2009 par une nouvelle entité juridique, qui procède au dépôt des signes litigieux pour désigner des produits de maroquinerie de luxe. Face à elle, la maison Goyard revendique une continuité d’exploitation depuis 1792 et conteste la légitimité de cette référence à une ancienneté qu’elle estime trompeuse.
En 2021, la Cour d’appel de Paris avait prononcé la nullité des marques en cause, ouvrant la voie à un renvoi préjudiciel devant la CJUE. La juridiction européenne était invitée à se prononcer sur la notion de « marque trompeuse », au sens du droit des marques de l’Union, à travers trois interrogations principales : Une date fictive suffit-elle à caractériser une tromperie ? A défaut, le simple risque que le consommateur attribue à la marque un prestige ou une ancienneté inexistante est-il suffisant ? Enfin, la tromperie suppose-t-elle que la marque renvoie à des caractéristiques concrètes et spécifiques des produits ?
Dans son arrêt, la CJUE rappelle d’abord un principe classique : la tromperie doit, en principe, porter sur les caractéristiques des produits ou services désignés par la marque, et non sur celles de son titulaire. Toutefois, la Cour introduit une nuance essentielle. Elle admet qu’une information relative à l’entreprise, en l’occurrence l’ancienneté revendiquée, peut influencer indirectement la perception des qualités du produit. Autrement dit, si le consommateur associe une ancienneté supposée à un certain niveau de savoir-faire, de qualité ou de prestige, cette représentation peut suffire à caractériser une tromperie lorsque cette ancienneté est fictive.
L’apport majeur de la décision réside dans l’élargissement de la notion de « qualité » du produit. Celle-ci ne se limite plus aux seules caractéristiques matérielles ou techniques, mais englobe désormais des éléments immatériels tels que : l’image de marque, le prestige, ou encore le savoir-faire supposé. Ainsi, l’utilisation d’une date ancienne dans une marque peut suggérer, dans l’esprit du public, une tradition et une expertise accumulées au fil du temps. Si cette représentation ne correspond pas à la réalité, la marque est susceptible d’être qualifiée de trompeuse.
Cette décision renforce sensiblement les moyens juridiques dont disposent les acteurs établis pour contester les stratégies de construction artificielle d’héritage. En consacrant une approche extensive de la tromperie, la CJUE reconnaît que, dans des secteurs comme le luxe, la valeur perçue d’un produit repose largement sur des éléments symboliques et historiques. Dès lors, la revendication d’un passé inexistant ne constitue pas une simple approximation marketing : elle peut devenir un motif d’invalidité de la marque. Cet arrêt marque ainsi une étape importante dans l’encadrement juridique des signes distinctifs fondés sur l’histoire, réelle ou reconstruite, des entreprises, et invite les opérateurs économiques à une vigilance accrue dans la mise en récit de leur identité.
Sources:
- https://www.ddg.fr/actualite/faure-le-page-paris-1717-vs-goyard-la-cjue-encadre-les-marques-fondees-sur-un-heritage-historique-trompeur
- https://www.legalnews.fr/pitic/propriete-intellectuelle/119722-cjue-tromperie-par-evocation-d-un-heritage-historique-fictif.html
- https://www.schmitt-avocats.fr/marque-luxe-conditions-validite-faure-le-page-goyard/
Sara CHARLANNES
Le journal de Spirou présente Prismes, sa première BD 100% IA…et 100% maquereau

Au début du mois, le journal de Spirou a fièrement présenté sa toute première BD générée par intelligence artificielle ! Le numéro 4590, mis en kiosque le 1er avril 2026, promettait une expérience inédite. Le fruit d’une production à faible coup, grâce à LINDA 1.0.
Mais pour ceux qui n’avaient pas encore perçu le fumet de poisson et les rires en fond, le journal de Spirou nous ramène sur terre avec la mention expresse : « 100 % sans IA ». Cette pointe à peine cachée d’ironie nous révèle un numéro de poisson d’avril aussi drôle que dénonciateur, où des auteurs humains expliquent ce que l’IA ne sait pas faire.
Comme nous l’avons introduit, les six premières planches de cette nouvelle série sont, officiellement, conçues par LINDA 1.0 : une intelligence artificielle made in Dupuis. Officieusement, le journal révèle un poisson d’avril satirique qui interroge le rôle de l’IA dans la création, et qui défend la diversité du neuvième art…un vent d’air frais dont nous avions besoin !
Derrière ce canular se trouvent la rédaction de Spirou et les éditions Dupuis. Ces derniers ont imaginé LINDA 1.0. Elle est présentée comme ayant été fictivement entraînée sur le catalogue centenaire de la maison, afin de produire la BD parfaite.
Pour donner corps à cette illusion, le journal a bien fait appel à un duo réel. Le scénariste Olivier Bocquet et le dessinateur Noë Monin ont reçu l’ambitieuse mission de fabriquer, à la manière d’une IA, une BD paresseuse et pleine de clichés. Le but ? Matérialiser les limites actuelles de ces outils.
Pour Olivier Bocquet au scénario, il s’agissait d’imiter la logique d’un système génératif. Tel un machiniste venu décrypter les limites d’un système, Bocquet produit un constat simple au sein de ce numéro inédit. Dans les contenus générés par IA, on retrouve des structures narratives standardisées, conçues pour démontrer, et non pour imaginer. Dans une courte interview donnée à Radio France, Bocquet se dit néanmoins optimiste et affirme ne pas ressentir la menace d’être remplacé par l’IA. Selon lui, l’IA restera, même à son maximum, toujours différente de l’humain. Avec humour, il compare cet écart incompressible aux 0,001 % de différence génétique qui séparent deux individus…et qui font qu’il n’atteindra jamais le niveau de Roger Federer.
Au-delà du remplacement que craignent les auteurs, Bocquet soutient que la véritable menace réside dans l’installation d’une paresse généralisée, comme conséquence directe des facilités offertes par les nouvelles technologies
.Qu’en est-il du contenu de la fameuse BD Prismes ? Dans la fiction officielle, nous suivons une nouvelle série médiévale et fantastique, dont l’héroïne, Carmina, cherche à s’affranchir de son destin prédéterminé par sa naissance. Sur le plan scénaristique, Bocquet s’est attelé à créer une histoire qui rassemble tous les clichés et standards des récits que l’IA aurait pillé. Visuellement, Monin a “tordu son trait” pour reproduire les défauts typiques des images générées. On y retrouve des personnages aux mains surchargées de doigts, ainsi que des faux raccords entre les meubles d’une même pièce, d’une case à l’autre. Sur ce point, le numéro spécial montre à quel point une IA peine à maintenir la cohérence d’un ensemble : elle “pense” case par case. Bocquet en donne un autre exemple dans son entretien sur Radio France. Selon lui, si l’on demande à une IA de produire six cases montrant un homme se levant de son lit pour aller chercher un verre d’eau sur son bureau, les meubles se déplacent, changent de forme ou disparaissent. La machine ignorerait encore le langage propre à la bande dessinée. Ce langage exige une inventivité allant au-delà de l’efficacité démonstrative. Certaines pages du numéro alternent ainsi entre des cases contenant le style génératif, et les interventions des auteurs, qui commentent les incohérences pour mieux en démonter le fonctionnement.
Le journal de Spirou nous montre finalement ce que l’IA ne sait pas faire…Alors, pourquoi en parler maintenant ? Selon la rédaction, le sujet de l’IA est “là, maintenant”. Il est vrai qu’il concerne directement le travail des auteurs et autrices que Spirou souhaite mettre en valeur. Pour le journal, il est donc urgent d’ouvrir la discussion avec les enfants comme avec les adultes, sur l’articulation des tours de magie que nous jouent les nouvelles technologies.
In fine, le journal de Spirou rappelle bien légitimement que derrière chaque numéro du journal se cache un travail humain conséquent. Un journal 100 % IA serait donc une hérésie matérielle, dépossédée d’une production humaine et sans personne avec qui confronter son humour. Pour l’heure, Spirou nous promet que cette frayeur ne reviendra, au mieux, qu’un autre 1er avril.
Sources
- Une BD 100% faite par l’IA dans le journal Spirou : vous y avez cru ?” – Site officiel du journal de Spirou
https://spirou.com/une-bd-100-faite-par-lia-dans-le-journal-spirou-vous-y-avez-cru/
- “Le nouveau numéro de Spirou, pour rire, et aussi un peu réfléchir” – Site officiel de RadioFrance, interview de France Culture (format audio, publié le 1er avril 2026)
Lana PHUONG
L’œuvre sans auteur ou l’auteur sans œuvre : le fruit d’un algorithme peut-il être création ?

Depuis mars 2026, une étrange série sature les algorithmes TikTok et Instagram : « L’île de la Skibidi Tentafruit ». Le concept ? Une parodie de télé-réalité où des fruits anthropomorphes s’écharpent pour des histoires de cœur virtuelles. Produite par des créateurs anonymes via des outils comme Sora ou VEO3, cette série illustre l’avènement de la culture IA. Une série originale, intelligence artificielle, fait vibrer les nouvelles générations.
Mais le véritable coup de théâtre est venu d’Oasis. Loin de s’offusquer, la marque et son agence Marcel ont opéré un « newsjacking » chirurgical le 30 mars 2026, en intégrant officiellement leurs propres mascottes dans cet univers délirant. Un « braquage marketing » qui pose une question juridique épineuse : Oasis a-t-elle agi en terrain conquis ou, au contraire, « empruntée » une œuvre qu’elle aurait pu combattre ? Si Oasis avait voulu frapper fort, aurait-elle pu agir en contrefaçon ? La question est un délice pour tout juriste de la propriété intellectuelle. Cependant, nous le savons, pour qu’il y ait contrefaçon, il faut une œuvre protégée.
Oasis aurait pu arguer que la série plagiait ses propres personnages. Mais en droit de la PI, les idées (des fruits qui parlent) sont de libre parcours. Seule la forme est protégée. Or, si la forme est générée par une IA, le château de cartes juridique menace de s’effondrer. Le débat se déplace sur le terrain de la création intellectuelle. En France, l’œuvre doit porter l’empreinte de la personnalité de son auteur. Aux États-Unis, le Copyright Office et la jurisprudence Thaler (confirmée par la Cour Suprême en mars 2026) sont catégoriques : « No human authorship, no copyright ».
Alors, ces épisodes sont-ils pures fruit de l’IA ou leur restent ils une once d’humanité ? L’enjeu est de déterminer si le prompteur est un simple exécutant ou un véritable metteur en scène. Si le créateur de Skibidi Tentafruit démontre qu’il a effectué des choix libres et créatifs (sélection des rushes, montage rythmique, direction artistique précise), il pourrait revendiquer une protection. Mais attention : la CJUE, dans ses arrêts du 4 décembre 2025 (Clairmont Novus), rappelle que l’originalité ne se présume pas. Elle doit être l’expression d’une personnalité. Un algorithme, a-t-il une personnalité ? La question est rhétorique, la réponse est pour l’instant un « non » judiciaire. Alors ce qu’il nous reste à déterminer, c’est la place que l’humain a pris dans cette création et cela n’est pas si simple. Juridiquement, le curseur est difficile à placer, parlons-nous de qualité, de quantité ou de ce qu’est l’humain. Peu importe, car si “l’empreinte de la personnalité de l’auteur” était déjà compliquée à appréhender, le juge est désormais arbitre du plus grand dilemme de l’histoire, qu’est ce que l’humanité?
Si le rôle du juge du futur questionne, qu’en est-il des réactions commerciales d’aujourd’hui devant cet “OVNI” de la création. La stratégie d’oasis est celle de la résilience : face à un contenu IA dont la protection est incertaine, la marque préfère occuper l’espace médiatique plutôt que de s’épuiser dans des procédures contre des « fantômes numériques ».
Alors que les mascottes d’Oasis s’invitent sur l’île de la Skibidi Tentafruit, la frontière entre stratégie marketing et capitulation juridique n’a jamais été aussi poreuse. Dans un monde où une mangue générée par IA peut susciter plus d’engagement qu’une toile de maître, le Code de la propriété intellectuelle semble soudain souffrir d’une sévère carence en vitamines et c’est sans parler des critiques sexistes que la série a suscitées. Si le droit d’auteur est né pour protéger le génie humain, que reste-t-il de sa substance lorsque le « génie » se résume à une ligne de code, le « créateur » à un utilisateur de l’IA et le message un stéréotype de genre trop longtemps combattu ?
Sources:
- https://france.publicisgroupe.com/oasis-sinvite-dans-le-phenomene-tiktok-lile-de-la-skibidi-tentafruit/?lang=fr
- https://www.hklaw.com/en/insights/publications/2026/03/the-final-word-supreme-court-refuses-to-hear-case-on-ai-authorship
- https://www.20minutes.fr/high-tech/by-the-web/4215811-20260330-quoi-ile-skibidi-tentafruit-fausse-telerealite-generee-ia-met-scene-fruits
- https://alliancesolidaire.org/2025/04/09/les-droits-de-propriete-intellectuelle-lies-aux-oeuvres-generees-par-lia/
Clémence ROUSTIT
Messi, Ronaldo, Mbappé : vendus sans jouer, présents sans être là

L’émergence des technologies génératives d’intelligence artificielle bouleverse les pratiques publicitaires et les fondements juridiques de la création. L’exemple de la campagne LEGO pour la Coupe du monde 2026, réunissant virtuellement Ronaldo, Messi, Mbappé et Vinicius, cristallise cette mutation. Alors que la production traditionnelle mobilise des contrats coûteux et une logistique lourde, l’IA promet une reproductibilité infinie à coût marginal nul. Cette révolution technique interroge la tension entre personnalisme français et utilitarisme économique du copyright.
La publicité LEGO diffusée à l’approche de la Coupe du monde 2026 a marqué les esprits. En réunissant virtuellement Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Kylian Mbappé et Vinicius Junior autour d’un trophée en briques, la marque danoise a généré plus de 400 millions de vues en quelques jours. Derrière cette prouesse médiatique se cache une logistique complexe composée de tournages séparés, d’une post-production minutieuse et de contrats d’image évalués à plusieurs millions d’euros par joueur. Pourtant, une version entièrement générée par intelligence artificielle aurait pu produire le même effet viral à une fraction du coût, simplement en exploitant des avatars numériques des joueurs avec leur consentement préalable.
Les technologies de génération d’images et de voix, autrefois cantonnées à la recherche académique, bouleversent aujourd’hui la production audiovisuelle. Les deepfakes, les modèles de diffusion et la synthèse vocale à haute fidélité permettent de recréer des individus à l’écran de manière hyperréaliste. Pour LEGO, une telle campagne reproductible à l’infini aurait représenté entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix pour cent d’économies, tout en maintenant la même viralité grâce à la puissance émotionnelle de ses icônes sportives. Des marques comme Nike et Adidas expérimentent déjà ces procédés où des sportifs virtuels promeuvent produits et valeurs sans jamais apparaître en personne. Ces pratiques annoncent une publicité dématérialisée, extensible à volonté et immédiatement adaptable à tout marché.
Cette évolution technique interroge les fondements de la propriété littéraire et artistique, pilier du droit français de la création. Codifiée aux articles L111-1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle, la propriété littéraire et artistique reconnaît à l’auteur un ensemble de droits patrimoniaux qui permettent l’exploitation économique de son œuvre, ainsi que des droits moraux garantissant la paternité et l’intégrité de la création. Héritier du romantisme du XIXe siècle, ce système place la personne du créateur au centre de la protection juridique. À l’inverse, le copyright américain privilégie une conception économique centrée sur la rentabilité et l’exploitation limitée dans le temps, sans conférer à l’auteur un droit moral équivalent.
La production audiovisuelle générée par intelligence artificielle déplace cet équilibre. Les artistes-interprètes voient leur présence réduite à une donnée d’entrée, puisqu’ils cèdent leur image et leur voix pour entraîner des modèles réutilisables. L’article L211-1 du Code de la propriété intellectuelle impose un consentement explicite pour toute fixation ou reproduction d’une prestation, exigence reprise par la directive européenne sur l’intelligence artificielle adoptée en 2024. Ce consentement, souvent global et contractuellement encadré, autorise les exploitations multiples sans véritable intervention artistique postérieure. L’interprète devient ainsi une ressource algorithmique, reléguée au rang d’élément technique plutôt que partenaire de création.
Dans une telle économie de la reproduction numérique, la création cesse d’être l’expression d’une individualité pour devenir un vecteur de rentabilité. Cette mutation rapproche la propriété littéraire et artistique d’une approche utilitariste inspirée du copyright américain. L’œuvre, détachée de son auteur, se transforme en actif économique susceptible d’être reproduit et adapté à l’infini.
Pour les marques, la question n’est plus la présence physique des stars mais la valorisation de leur image à travers des avatars et des licences. Les marques personnelles, comme CR7 pour Ronaldo ou les dépôts de Kylian Mbappé, témoignent de cette hybridation entre propriété littéraire et propriété industrielle. L’individu devient lui-même marque, image et donnée exploitable, symbole d’un glissement vers une créativité algorithmique.
L’exemple LEGO révèle la convergence entre publicité, intelligence artificielle et propriété intellectuelle. Le droit français, fondé sur le personnalisme romantique, devra s’adapter à une ère où l’œuvre se dématérialise et où l’auteur-interprète devient donnée économique. Entre innovation technologique et protection des créateurs, l’équilibre juridique reste à inventer.
Sources:
- Article L212-1 du Code de la propriété intellectuelle
- Articles L212-1 à L212-15 du code de la propriété intellectuelle
- Articles L111-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle
- https://www.instagram.com/reel/DWtdOcQDPgW/?l=1
- https://rmcsport.bfmtv.com/football/coupe-du-monde/plus-de-400-millions-de-vues-les-secrets-de-la-pub-lego-reunissant-mbappe-ronaldo-messi-et-vinicius_AN-202604040197.htm